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Me Charles Cantin... (Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Me Charles Cantin

Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque

 

Le débat
Le Quotidien

DÉBAT / Les récents événements impliquant des hommes en détresse, perçus comme des faits divers de plus, cachent un malaise. L'avocat criminaliste, Charles Cantin, et le psychologue, Louis Legault, de leur point de vue de professionnel, réagissent aux nombreuses questions qu'ils suscitent. Certaines de leurs conclusions se recoupent comme la souffrance qui ne peut plus être contenue chez certains jeunes.

Un vent de colère souffle sur la région actuellement. Le Saguenay est maintenant le théâtre de barricades armées, signe d'indignation d'une jeunesse carencée et frappée de plein fouet par un contexte économique plutôt défavorable.

Jonquière et les environs voient ses usines aux prises avec des difficultés, effaçant cette stabilité traditionnelle qui caractérisait nos familles. Le modèle 40/40 est maintenant chose du passé. Combien d'entre nos jeunes besogneront 40 heures par semaine pendant 40 ans. La précarité va contribuer à une certaine forme d'injustice. Et l'injustice égale colère et détresse psychologique.

Hebdomadairement, nous voyons défiler dans notre étude d'avocats des jeunes majoritairement masculins en proie à une détresse très palpable. La première donnée que l'on observe est l'absence d'occupation. Cette sédentarité se manifeste également par une sous-scolarité, n'aidant en rien.

Une fois l'inconfort matériel bien installé, le client jette sa colère dans des ''patterns'' de paradis artificiels. Les jeunes vivent des frustrations parce qu'ils pourront difficilement reproduire le modèle véhiculé par leurs parents. À l'époque (pas si lointaine), on se constituait travailleur, on se mariait, l'on faisait l'acquisition d'une maison et l'on fondait une famille.

Combien de jeunes actuellement vont copier ce modus vivendi afin de bâtir cette stabilité? Difficile de répondre parce que les temps ont changé.

Aujourd'hui, les familles sont plus dysfonctionnelles. Un enfant élevé dans un milieu où la mésentente et l'absence prédominent sera plus à risque sur le plan de l'activité criminelle. Ce contexte familial déficient est facilement observable chez le jeune délinquant. Il est important de mentionner que ces constats ont une influence sur la criminalité du sujet, au même titre que sur sa santé mentale. Ce qui nous conduit à la détresse psychologique.

Alors, faites-en le bilan; un jeune (18-35 ans) sans emploi, peu scolarisé, issu d'un milieu familial déficient aux prises avec une problématique de consommation. Bref, une désorganisation qui enveloppera sa détresse psychologique.

Sans mauvais jeu de mots, vous avez là un cocktail des plus explosifs.

L'accès facile aux stupéfiants est également notable. Pour quelques dollars, vous avez accès à des drogues relativement puissantes. Cette proximité du marché de la drogue n'existait pas autant «avant hier».

Pas de panique

Il faut livrer une lutte sans merci, à toute cette détresse, mais comment faire? Sans détenir de réponse bien précise, je pense qu'il faudra retourner aux sources. L'éducation familiale et à l'école. Bien entourer l'enfant; surveiller les réseaux d'amis. Ceci semble banal, mais c'est la base. Valoriser et écouter sa relève. Offrir des conditions gagnantes qui nécessiteront des deniers supplémentaires dans le réseau de l'éducation. Ce qui veut dire plus d'activités sportives, plus d'activités amenant à la connaissance individuelle. Insistez pour qu'il demande de l'aide en cas de besoin. Nous sommes rendus socialement à une étape où il faut prévenir par les expériences du passé. Tout ça en offrant l'opportunité de s'exprimer librement.

En amenant nos jeunes à aimer l'école, ils fréquenteront plus longtemps les institutions scolaires. De cette façon, moins de décrochage et de meilleurs emplois. Un centre d'aide régional regroupant le traitement des dépendances serait également souhaitable. Beaucoup d'organismes existent actuellement, mais il serait intéressant de réunir plusieurs de ces organismes au même endroit. Problèmes de jeux, polytoxicomanie, dépendances aux médicaments, problème de santé mentale; tout peut parfaitement cohabiter, en un même lieu.

Ce n'est pas anormal ce que nous traversons actuellement.

Notre société est en pleine transformation et ce sont les jeunes qui dicteront les changements. Que ce soit par un bon geste ou un acte délibéré, les jeunes qui écopent actuellement pourraient très bien être ceux qui dirigeront demain. Vous ne le saviez peut-être pas, mais le traitement de notre jeunesse en difficulté sera notre meilleur fonds de pension, c'est ça la bonne nouvelle.

Charles Cantin

Avocat criminaliste

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