Trois créneaux

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Marc-Urbain Proulx, professeur d'économie à l'Université du Québec... (Archives Le Quotidien)

Agrandir

Marc-Urbain Proulx, professeur d'économie à l'Université du Québec à Chicoutimi

Archives Le Quotidien

 

Le débat
Le Quotidien

DÉBAT / L'économie de la région se trouve à la croisée des chemins. Comment faire émerger de nouvelles idées d'une structure longtemps dépendante de la forêt, de l'aluminium et de l'énergie? Le professeurs, Marc-Urbain Proulx, et le syndicaliste, Alain Gagnon, réfléchissent plus que quiconque à l'avenir du Saguenay-Lac-Saint-Jean du point-de-vue que leur confère leur travail respectif. Ils nous livrent, en partie, leur réflexion.

Depuis 1980, le Saguenay-Lac-Saint-Jean fait face à des difficultés économiques qui se sont accentuées au cours de la dernière décennie, notamment la perte nette d'emplois de qualité. Les bouleversements subis sont de nature structurelle, causés par les nouvelles technologies, la raréfaction des ressources, les perturbations des marchés traditionnels, les impératifs environnementaux, l'érosion de la propriété locale. Pour relancer l'économie, la solution structurelle collectivement préconisée réside dans la transformation des matières premières. Intéressants, les résultats obtenus sont néanmoins très limités face aux défis économiques. Heureusement, la construction de trois nouvelles alumineries (Grande-Baie, Laterrièreet Alma) a ralenti, périodiquement, l'inéluctable déclin régional.

Signalons que dans les régions périphériques au Québec et ailleurs, ce sont les grands projets qui créent l'environnement économique des PME. À cet effet au Saguenay-Lac-Saint-Jean, la production d'aluminium primaire permet encore de projeter. Croissante est la demande mondiale de cette matière. L'énergie propre est disponible. Et les conditions d'accueil industriel sont favorables. La cible du doublement de l'actuelle fonte d'un million de tonnes d'aluminium primaire par année s'avère tout à fait réaliste, avant 2025. La région conserverait ainsi sa part de la production mondiale. Déjà autour de 40% de cet objectif fut contractualisé en 2007 (complexe Jonquière et usine d'Alma). Reste ainsi de la place pour une méga aluminerie régionale comme celle de Sept-Îles.

Or, si de telles immobilisations technologiques à venir vont surchauffer les activités des constructeurs et équipementiers sur une courte période, seulement un nombre limité d'emplois permanents sera créé au total. À moins de multiplier les activités de transformation du métal gris. Multiplication souhaitée, certes, mais contrainte par le manque de mesures coercitives pour accompagner les incitatifs gouvernementaux à l'évidence peu structurants pour l'économie. D'où l'essentielle exploration régionale d'alternatives comme le tourisme, le transbordement du gaz naturel, etc. À travers ces nouvelles avenues, signalons trois créneaux à fortes potentialités.

Sans être un El Dorado, la périphérie nordique du Québec représente un immense gisement d'opportunités à saisir au cours des prochaines décennies. Saguenay s'inscrit tel le plus important carrefour de transport multimodal pour l'accès à cette vaste zone. Autour de cet atout se greffent d'autres enjeux stratégiques à explorer telles que l'habitat des travailleurs nordiques migrants, la fabrication d'équipements, l'affinage des métaux, la desserte de services spécialisés, la R et D ciblée, la distribution de matériaux et fournitures.

Cette périphérie nordique recèle notamment un formidable potentiel d'énergie renouvelable avec l'éolien, l'hydro-électricité, la biomasse et le solaire. Le développement de ce créneau prometteur peut être bien soutenu par une masse critique d'expertise pointue déjà présente dans la région. Un ajout de 25 à 35% au niveau régional actuel d'énergie générée est à portée de main. Sans compter les lignes de transport de haute tension qui transitent par la région. Plusieurs expériences en cours (Société communautaire du Lac, Hydro Jonquière, Chaire TERRE, Val Éo, Serres Toundra) s'inscrivent comme des Écoles vers un modèle opératoire pour l'appropriation collective de cette belle énergie verte. Il s'agit d'un enjeu régional crucial.

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, un autre créneau à fortes potentialités réside dans son important secteur du «tertiaire supérieur» (génie, droit, éducation supérieure, arts, finance, recherche et R et D, comptabilité, l'architecture, arpentage, TIC, gestion). Il est associé au «capital de créativité» dont la théorie propose la valorisation. Ce domaine est le moteur de l'économie contemporaine, notamment par sa capacité à fertiliser l'innovation dans les entreprises et les organisations. Déjà bien dotée pour ce capital, la région doit impérativement cibler cet avantage comparé.

Ces quatre grands enjeux régionaux représentent les principales avenues non exclusives de l'incontournable relance économique régionale. Reste à y stimuler la réflexion collective dirigée vers l'action innovatrice. Un mécanisme institutionnel léger, flexible et mobilisateur est à recommander pour alimenter les décideurs publics en place.

Marc-Urbain Proulx

Professeur d'économie à l'UQAC

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer