Ne pas avoir peur de l'exode

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Keyven Ferland... (Archives Le Quotidien, Gimmy Desbiens)

Agrandir

Keyven Ferland

Archives Le Quotidien, Gimmy Desbiens

 

Le débat
Le Quotidien

DÉBAT / L'exode des jeunes est une problématique encore bien réelle. Entre 2014 et 2015, la population régionale a diminué de quelque 600 âmes selon l'Institut de la statistique du Québec. L'agente de communication au Regroupement action jeunesse 02, Marie-Noëlle Potvin, et le président de l'entreprise Web Shop, Keyven Ferland, s'expriment sur le sujet.

Ça fait plusieurs décennies qu'on entend parler d'exode des jeunes, que le bilan migratoire doit être inversé. Plusieurs pensaient que c'était impossible. Le projet MigrAction a été lancé et les personnes responsables se sont retroussé les manches. Ils ont utilisé nos atouts principaux et ils ont fait des campagnes de séduction. Ils sont allés chercher des jeunes ailleurs. Ces jeunes sont venus nous visiter et ils ont réalisé la beauté de notre coin de pays. Ce fut suffisant pour que plusieurs viennent fonder leur famille ici. D'autres sont venus lancer leur entreprise ou sont retournés aux études. Parce qu'on leur disait qu'ici c'est possible.

Je fais partie de ceux qui voulaient découvrir le monde depuis mon enfance. J'ai visité l'Ouest canadien à 19 ans. J'ai traversé les états américains et goûté la Californie à 20 et 21 ans. J'ai posé pied à Québec à 22 ans après mes études. Je rêvais de New York. Je me demandais même si j'allais vivre assez vieux pour visiter la planète au complet. Elle est si vaste et le dynamisme des métropoles si attirant. Je voulais connaître les cultures différentes. Apprendre de nouvelles langues. Vivre dans une ville qui ne dort jamais. Me faire des amis de partout et en apprendre davantage sur leur histoire.

En fait, à 20 ans, lorsque tu viens du Saguenay-Lac-Saint-Jean, souvent tu as grandi sans rien connaître de tout ça. Tu en entends parler et tu veux saisir l'opportunité. Surtout que ta mère, ton père, ton prof, ton maire, ton député, les journalistes et plein de gens importants, te cassent les oreilles en te disant que c'est égoïste de partir. De délaisser ta région pour la grande ville. Ils te pointent plein d'autres de tes amis qui, eux, ressentent de l'amour pour leur région. Ils sont restés ici, eux autres. Ils travaillent à l'usine, comme leur père, et viennent dîner chez leur mère tous les dimanches. Alors pourquoi, toi, tu voudrais la quitter, ta région? Elle t'a mis au monde pourtant, cette belle grande région. Ton grand-père l'a buchée. Ta grand-mère l'a cultivée. Tu leur dois bien ça, non?

C'est exactement là où nous nous trompons. Ces jeunes qui veulent découvrir le monde, nous devons les motiver et les aider davantage à le faire. Nous devons leur donner les outils pour se débrouiller à l'étranger. Leur apprendre l'anglais, l'espagnol, le mandarin. Ils doivent entendre de tout le monde que partout c'est possible. Que la planète est grande. Qu'elle est multiculturelle et qu'elle change.

J'ai des amis qui viennent d'une région qui dort tous les soirs au pied de l'Atlantique. Ils ont grandi avec leur père qui partait en bateau à la pêche avec les oncles et leur grand-père. Tous ces jeunes que j'ai connus ont un amour sans retenue pour leur région et ils y retournent tous très souvent. Ils en parlent. Ils sont les ambassadeurs de leur coin de pays. Sûrement plus facile quand tu as grandi entouré de voyageurs. Élever ses enfants en leur disant que s'ils lancent une bouteille à la mer de belles rencontres peuvent se produire, donne assurément une plus grande confiance en l'inconnu.

Il est temps pour notre région de cesser d'avoir peur de l'exode des jeunes, car il sera encore plus présent avec les années qui viennent. Nos jeunes sont connectés sur le reste du monde. L'invitation est encore plus forte. Sur Instagram, le hashtag #travel compte plus de 106 000 000 de publications pour vous inspirer. C'est peu dire.

À la place, il faut croire que d'accompagner, d'outiller et d'encourager nos jeunes à être des citoyens du monde serait le meilleur placement à long terme. Il leur permettra d'aller jusqu'au bout de leurs rêves et ce sont ces mêmes rêves qui nous les ramèneront avec leurs conjoints/conjointes et leurs enfants. Ils seront une force pour nos entreprises et élèveront leurs enfants avec une plus grande ouverture d'esprit. Ils injecteront de nouvelles idées et feront les choses différemment, mais surtout, ils nous aideront à nous adapter.

Et s'ils ne reviennent pas vivre ici? Pas si grave! Nous les aurons nourris pour qu'ils vendent l'idée aux gens qu'ils rencontreront sur leur chemin de venir s'établir au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Keyven Ferland

Président de l'entreprise Web Shop

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer