Soulèvement à la prison: une émeute annoncée

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La prison de Roberval a été le théâtre... (Photo Le Quotidien, Gimmy Desbiens)

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La prison de Roberval a été le théâtre du soulèvement de neuf détenus, dans la nuit de samedi à dimanche.

Photo Le Quotidien, Gimmy Desbiens

 

Le débat
Le Quotidien

Le soulèvement survenu plus tôt cette semaine à la prison de Roberval a propulsé l'établissement à l'avant-plan de l'actualité, de même que le quotidien des individus qui y sont incarcérés et celui des agents qui y travaillent. L'avocat Charles Cantin jette un regard sur ces deux réalités distinctes.

Une émeute annoncée

Charles Cantin / Centre de détention de Chicoutimi, 8 h 40 le 2 juillet 2015, température ressentie 38°C. À l'intérieur des murs, un four crématoire. C'est l'embarquement des prévenus pour le palais de justice. Une cohorte de onze hommes doit comparaître pour une pléthore de crimes présumés.

Dans l'antre de cette vétuste institution carcérale règne une odeur de fer oxidé et de galère surpeuplée. J'oubliais... Des onze personnes incarcérées, s'ajouteront deux clients, un homme et une femme, à quérir au centre hospitalier pour un examen sur l'aptitude à comparaître.

Dans 30 minutes, tout ce cortège sera plus au frais au tribunal de la Cour du Québec, chambre criminelle et pénale. Si tout se passe bien, le retour en détention est prévu pour 14 h.

Roberval, le 4 juillet 2016, prison de Roberval, 6 h 15. Nous sommes au lendemain d'une mutinerie, d'une émeute cellulaire ayant mobilisé une dizaine de prévenus mécontents de leurs conditions carcérales. En ce matin de comparution, quatorze accusés se préparent à quitter l'établissement, direction Alma et Chicoutimi. Il est 6 h 35 pour le départ, et les mines patibulaires sont légions sachant que deux heures nous séparent du Palais de justice de Chicoutimi, incluant le détour à Alma. Comble de malheur, le fourgon cellulaire est en panne d'air conditionné, créant ainsi de la surchauffe dans ce calorifère ambulant.

Après un sondage non scientifique des détenus actuels, 90% de ceux-ci opteraient pour le premier scénario, soit celui impliquant Chicoutimi. Ce portrait simpliste du quotidien judiciaire régional reflète la complexité logistique de gérer des prisonniers avec des tonnes de kilomètres en surplus à parcourir.

Alors pourquoi un centre de détention à Roberval? Roberval, depuis son annonce, n'a jamais été un choix rationnel. En fait, ce qui est surtout illogique, c'est de fermer le centre de détention de Chicoutimi. N'avoir qu'une seule prison est un choix politique. Personne n'a jamais osé demander au milieu de se prononcer. Le syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec, section Chicoutimi, dénonce cette prise de position politique depuis le début.

Incohérence politique

En janvier 2016 (quelques semaines après l'ouverture de la prison de Roberval), un prévenu de Chicoutimi, Jimmy Caouette, dénonçait les conditions de détention de Roberval. «Ce qui est difficile, c'est tout le temps que l'on perd à attendre. Mercredi matin, j'ai été réveillé à 5 h 45 et je suis revenu à ma cellule à 21 h 30 le soir pour 5 minutes de comparution.» C'était mieux à Chicoutimi.

En mai, les agents correctionnels de la prison de Roberval appréhendent la période des vacances. Ils devraient prolonger leurs quarts de travail faute de personnel! On mentionnait que les agents en place devraient travailler 16 heures, fruit de notre régime d'austérité. Le manque à combler crée un certain épuisement mettant en péril la sécurité du personnel comme celle des prévenus-détenus.

Ce manque d'effectifs démontré amène en son sillon une reproduction de l'horaire des parloirs en centre de détention. Auparavant, c'était sept jours sur sept. Maintenant, ils ne sont accessibles que trois jours/semaine. Pour ajouter l'insulte à l'injure, le gymnase est pratiquement inutilisé faute de personnel, selon le syndicat des agents correctionnels.Il manquerait une vingtaine d'agents pour rendre la situation viable. Nous en resterons là pour les griefs, mais la liste pourrait s'allonger.

Cet exposé n'a pas pour but de vous attendrir vis-à-vis le sort des prévenus-détenus, mais de vous démontrer l'incohérence du pouvoir politique devant l'évidence même. Tous les intervenants sauf les politiciens avaient prévu le chaos. Ce refus de voir les choses et le retard de rectifier cet état crise ne légalise par les gestes de la fin de semaine dernière, mais aident certainement à les comprendre. Un proverbe arabe dit: «Qui apaise la colère éteint un feu; qui attise la colère sera le premier à périr dans les flammes.»

Avis aux décideurs politiques, écoutez ce que disent les services correctionnels et observez ce que font les résidents incarcérés; la nature vous parle, écoutez-la.

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