Soulèvement à la prison: un métier fort complexe

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Une intervention policière était en cours dans la nuit de samedi à dimanche à la prison de Roberval.

Le Progrès-Dimanche, Gimmy Desbiens

 

Le débat
Le Quotidien

Le soulèvement survenu plus tôt cette semaine à la prison de Roberval a propulsé l'établissement à l'avant-plan de l'actualité, de même que le quotidien des individus qui y sont incarcérés et celui des agents qui y travaillent. L'enseignante-criminologue à la Formation continue du Collège d'Alma, Mélanie Lavoie, jette un regard sur ces deux réalités distinctes.

Un métier fort complexe

Mélanie Lavoie / Vous connaissez sûrement l'expression «Ça prend tout un village pour élever un enfant». C'est un peu l'image globale que j'ai de la formation pour devenir agent des services correctionnels.

Le programme de l'AEC Techniques d'intervention en milieu carcéral offre une équipe de professionnels ayant des compétences diversifiées, qui tente de mettre tout en place pour transmettre cette gamme d'acquis qui fera de l'agent un travailleur polyvalent, mais aussi quelqu'un qui sera capable de s'adapter à de nombreuses situations, plus variées les unes que les autres.

C'est donc dire qu'il faut former des agents de la paix (parce que ce sont d'abord et avant tout des agents de la paix comme nos policiers, qui veillent à assurer la protection de la société) qui seront ensuite agents des services correctionnels soit au provincial, soit au fédéral.

Généralement, vu de l'extérieur, nous sommes portés à croire qu'ils ne sont que des «gardiens de prison», qui «surveillent» des prisonniers. Nous sommes alors loin de nous imaginer l'ampleur de la tâche.

Oui, bien sûr, la surveillance est l'une de leurs principales fonctions et, de plus, tout à fait non négligeable puisque leur clientèle est composée d'individus qui ont dû être «neutralisés et isolés» du reste de la société à cause de leurs comportements inacceptables et non respectueux des lois.

Mais au-delà de la surveillance, il ne faut pas oublier que les agents des services correctionnels travaillent d'abord et avant tout avec des êtres humains, enfermés. Et pas des êtres humains qui vont bien. Des personnes en souffrance, parfois en détresse, physique ou psychologique, qui ont des problèmes de santé mentale de tous les niveaux, des personnes de toutes les cultures, de toutes les classes sociales et économiques, qui sont habituées au fonctionnement de la détention, ou non. Il faut donc toute une capacité d'adaptation pour gérer la vie quotidienne en détention, car c'est tout un défi!

Mais avant d'arriver à y travailler, il faut passer par les bancs d'école. Une formation haute en couleur, car chaque groupe est formé d'individus différents, qui arrivent en classe avec chacun leur bagage: leurs valeurs personnelles, leurs expériences, leur scolarité, leur attitude et leurs façons de penser, et j'en passe... Mais surtout, leur objectif! Il faut amener tout ce groupe hétérogène vers un même but: avoir le profil exigé pour devenir un agent des services correctionnels, ce qui n'est pas peu dire! Et qui demande beaucoup d'efforts à chacun de ces futurs agents.

Ils feront des apprentissages sur tous les plans, et ce, pendant 15 mois. Il y a tout d'abord l'enseignement académique, aspect crucial de toute formation, mais tout aussi importants, les volets pratique et physique. Comprendre et appliquer les lois, les pouvoirs et les devoirs de l'agent de la paix, savoir communiquer dans toute situation et avec tout individu, et, s'il le faut, maîtriser physiquement cet individu ou cette situation, être apte au travail en équipe, connaître et s'expliquer toutes les facettes du milieu sécuritaire, tout en usant de jugement et de discernement. Ce n'est là qu'une infime partie des éléments à développer, par l'apprentissage, jeux de rôle ou simulations concrètes.

Tout cela dans l'optique qu'il faudra être prêt à affronter la réalité, c'est-à-dire un environnement où la tension règne en tout temps, où toutes les interventions faites le sont dans un contexte d'autorité, où la collaboration des personnes incarcérées est rarement présente, où on ne sait jamais ce qui peut se produire et, qui plus est, où il y a toujours un risque pour ta vie. Pas simple comme préparation à l'emploi! Et c'est pourtant notre mission lorsqu'on parle d'Attestation d'études collégiales, car ce programme mène directement au marché du travail. Quoiqu'il en soit, et même si les conditions de travail peuvent paraître alléchantes, il n'en reste pas moins que c'est un métier fort difficile.

Alors, chapeau aux agents des services correctionnels!

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