L'élève et le maître

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Pitbull... (Photo archives Le Quotidien)

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Pitbull

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Le débat
Le Quotidien

DÉBAT / Le débat sur les pitbulls a suscité de vives réactions au Québec. À Saguenay, le maire Jean Tremblay demande au gouvernement d'exiger la stérilisation de ce type de chien. À Québec, Régis Labeaume va plus loin et décrète une interdiction de la race à compter du 1er janvier 2017. L'intervenante en modification comportemental chez Solutions Canines SM, Sandra-Marie Hrycko, et l'avocat criminaliste Charles Cantin se prononcent sur le sujet.

«Celui qui a mauvaise réputation est à moitié pendu.»

Cette citation anglaise, pays d'origine de notre sujet, va aux pitbulls comme un collier «étrangleur». Il faudrait spécifier d'entrée de jeu que le pitbull n'est pas apparu tels Adam et Ève au jardin d'Éden. Il est un produit historique d'un croisement choisi pour les labeurs extrêmes. Au 19e siècle en Angleterre, le terrier et le bouledogue répondaient parfaitement à ce métissage recherché. Une génétique de gladiateur. D'ailleurs, cette hybridation a amené les premiers pitbulls à combattre les taureaux (origine du mot «bull» ?) et les ours à l'intérieur d'arènes où le public salivait davantage que les clébards enrôlés de force.

Un peu plus tard en Amérique, il y a eu d'autres croisements qui ont mené à l'avènement d'autres catégories de pitbulls. L'american pitbull terrier, l'american staffordshire et le bouledogue américain, entre autres. Ces chiens au courage façonné ont pris part à la Première Guerre mondiale comme l'égal du soldat, l'accompagnant dans la tranchée. C'est également au pays de l'Oncle Sam qu'il est devenu le cabot de prédilection pour les combats de chiens (ce qu'il faisait aussi en Angleterre).

Cette courte histoire du pitbull démontre à quel point l'homme a délibérément créé un chien spécialiste, un spartiate, guerrier de ses prouesses athlétiques. Il va sans dire que le dressage du pitbull se manifestait sous le collier de l'agressivité. Faut-il s'étonner de la réputation de cette «race» qui transcende l'exploitation afin de satisfaire des maîtres?

Le curriculum vitae de ce duelliste canin illustre la capacité et la génétique inculquée. C'est pourquoi celui qui veut ce chien doit démontrer compétences et dévouement. Il devrait se qualifier pour l'obtention de son chien.

Le pitbull nécessite encadrement, discipline et amour. Le propriétaire ne peut improviser. Bien encadré, il est démontré que le pitbull n'est pas plus dangereux que bon nombre de races. Dans le cas contraire, il est tout simplement plus à risque.

Ceci est aussi vrai pour la plupart des chiens au grand gabarit. Élevé de façon négligée, un rottweiler ou un berger allemand fera les manchettes. Il faut responsabiliser les maîtres du «meilleur ami de l'homme». Dans chaque attaque, vous constaterez que l'acteur principal (le maître) sera à l'origine du drame. Bannir les pitbulls ne représente qu'un déplacement du problème. Le mauvais dresseur fera l'acquisition d'un grand danois qui, mal éduqué, deviendra à son tour un danger.

Il est spécifiquement reconnu que le berger allemand et le rottweiler ont une mâchoire plus puissante que celle du pitbull. Cette semaine, plusieurs se sont esclaffés quand le maire Jean Tremblay a parlé de stériliser les chiens. Sachez qu'un chien castré est en principe un chien moins agressif. Par contre, je ne crois pas qu'il faille en faire un règlement ou une loi.

Il y a déjà des règlements municipaux qui édictent des dispositions pour les propriétaires de pitbull. Avoir un terrain parfaitement clôturé, toujours tenir son chien en laisse lors de sorties et éviter que le chien soit errant. Par exemple à Saint-Honoré, où il y a le règlement 532, art. 8, 9, 10, 11 et 12.

Que ce soit un pitbull, un rottweiler, un berger allemand, un boxer, un chien reste un animal.

Plutôt qu'un registre des armes à feu, proposons donc un registre des chiens de sorte qu'un clébard fautif conduira à l'examen du comportement du propriétaire.

Faire en sorte que ce ne sera plus le pitbull qui fera l'objet d'une analyse de sa réputation, mais le maître.

Il faut prévoir l'utilisation et l'amendement de notre Code criminel afin de traduire en justice celui qui sera à l'origine des blessures.

En fait, tout acte ou omission susceptibles de constituer le lien de causalité entre une agression et des dommages devraient faire l'objet d'une enquête policière pour éventuellement aboutir sur le bureau d'un procureur.

Cessons de crier au loup au risque de se mordre la langue et donnons des dents à nos infrastructures en place, et cela sans investir un sou supplémentaire - ou presque. Au grand bénéfice de tout un peuple, sans égard à la race.

Charles Cantin, avocat criminaliste

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