«Veux-tu un verre?

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DÉBAT / Bien que la dépendance à l'alcool soit un problème bien présent dans la... (123rf)

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Le débat
Le Quotidien

DÉBAT / Bien que la dépendance à l'alcool soit un problème bien présent dans la société, elle est souvent l'objet d'incompréhension et de jugement. La chef de programme en dépendance Marie Lehoux, et Me Julien Boulianne, un avocat ciminaliste qui a renoncé à l'alcool il y a une trentaine de mois, partagent leurs sentiments sur le sujet.

- Non, merci je ne bois pas.»

Chaque fois que je le dis, tu me fais le même air mi-intrigué, mi-impressionné. Immanquablement, tu veux savoir pourquoi et comment. Et je te comprends. Dans un univers social où l'alcool accompagne nos joies comme nos peines, nos fêtes comme nos deuils, où l'on boit pour se souvenir et où l'on boit pour oublier, ne pas boire du tout a toujours un petit quelque chose de suspicieux.

Car souvent, tu penses que les personnes qui ont fait une croix définitive sur l'alcool devaient être des alcooliques chroniques. Que si tu ne bats pas ta femme, que tu ne flambes pas ta paie au bar où que tu ne conduis pas saoul, tu n'as aucune raison d'arrêter de boire.

C'est pourtant infiniment plus large que ça... et tu le sais.

Il est vrai que comme criminaliste, j'ai trop souvent été témoin des pires déboires de l'alcool. Des proches blessés, des vies brisées, des cris, des larmes, des remords, des excuses parfois sincères, mais souvent trop tard... Même moi, il a fallu que je fasse ma traversée du désert avant de faire le choix d'être sobre à jamais.

Fort heureusement, tu n'es pas obligé d'atteindre l'auto-destruction ou même d'être malheureux pour choisir de modifier tes habitudes de consommation. Il existe plusieurs facteurs qui peuvent te pousser à le faire avant. Dans mon cas, c'est simplement que je suis plus heureux comme ça. Parce que j'en retire des avantages, parce que je me sens bien, parce que j'ai moins de problème et plus de temps.

Surtout pas parce que je suis meilleur que toi. C'est peut-être justement parce que j'étais moins bon que les autres en boisson que j'ai tiré ma révérence. Comme un chat échaudé craint l'eau froide, c'est la peur de faire des conneries en état d'ébriété qui fut ma principale motivation au départ. Cependant, les avantages de la sobriété ont rapidement pris le relais. J'étais plus en santé, plus énergique et plus motivé que jamais. J'ai tellement remarqué de changements positifs dans ma vie qu'il serait difficile de tous les nommer. Chose certaine, la mise en balance des pour et des contre a vite transformé le «pourquoi arrêter de boire?» en «pourquoi continuer?».

Par contre, oui, les premiers temps, tu mènes un certain combat contre l'alcool, contre toi-même, contre tes habitudes et contre toutes les opportunités qui s'offrent à toi de boire. Mais petit à petit, le vent tourne, laissant place à un mélange de bien-être, de lucidité et de fierté qui te transporte sans trop d'effort sur la voie de la sobriété.

Mais pour être honnête avec toi, au début, ce n'est pas toujours facile. Tu passes ton temps à dire non, à t'expliquer, voire à te justifier. Plusieurs insistent, sans trop savoir, remettant en doute la permanence de ta décision. Certains sont mal à l'aise de boire devant toi comme si tu étais malade ou vulnérable. D'autres sont sur la défensive, clamant qu'eux n'ont pas besoin de ça, qu'ils n'ont pas de problème avec l'alcool et tant mieux pour eux. Car l'un n'empêche pas l'autre. Je ne suis pas devenu le grand donneur de leçon, le détenteur de la vérité ou le juge de la consommation d'autrui.

Il ne s'agit pas non plus d'une croisade contre l'alcool. Au contraire, je la côtoie partout, paisiblement. Je sais pertinemment qu'elle n'est pas responsable de tous les maux, qu'arrêter de boire ne règle pas tout et que plusieurs vivent le parfait bonheur à ses côtés. J'ai aussi eu beaucoup de plaisir avec elle, je ne le nierai pas.

D'un autre côté, je ne me cacherai jamais non plus pour parler dans son dos, pour te mettre en garde contre ses dommages collatéraux ou pour dénoncer ses excès. Je l'ai trop vue produire des lendemains de veille pénibles, des gestes déplacés, des paroles blessantes et des montagnes de regrets.

Bref, je voulais simplement que tu saches que je n'ai pas changé de vie, juste de mode de vie. Sans plus, sans médaille, sans tambour ni trompette.

Et que si tu as besoin de parler, je serai toujours la, que tu prennes un verre ou un café.

Me Julien Boulianne, avocat ciminaliste

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