Éviter l'excès

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Pierre Lavoie... (Photo La Presse)

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Pierre Lavoie

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Le débat
Le Quotidien

Le Dr Dominic Gagnon, médecin de famille au GMF du Fjord, à La Baie, et Nicholas Bussières, enseignant au département des sciences de l'éducation à l'UQAC, au programme en éducation physique et à la santé, livrent leur opinion sur le phénomène incarné par Pierre Lavoie.

DÉBAT / La pratique régulière de sport d'endurance n'a jamais été aussi populaire au Québec. Ici même au Saguenay-Lac-Saint-Jean, les événements sportifs abondent, des cyclosportives, des courses en sentier, des courses sur route, des courses à obstacles, même les ventes d'articles spécialisées en sport d'endurance grimpent en flèche. L'un des grands responsables est l'athlète Pierre Lavoie.

Cet homme influent et charismatique a su instaurer une prise de conscience importante face à l'urgence de faire place à une pratique régulière d'activités physiques et à l'adoption de saines habitudes de vie au quotidien. Les aptitudes de Pierre Lavoie à sensibiliser et à mobiliser les acteurs de notre société (entreprises, parents, élèves de tous les niveaux, instances municipales et gouvernementales) peuvent expliquer l'intérêt grandissant de ces derniers face à sa cause, notre cause.

Maintenant, nous devons nous attaquer sur le « comment » on doit faire les choses. Les exploits d'un modèle comme Pierre Lavoie peuvent amener les gens à penser qu'une bonne condition physique passe nécessairement par la capacité de faire un marathon.

Comme professeur, je me dois absolument de vous sensibiliser sur ce phénomène d'excès sportif. À vouloir trop en faire, on le fait mal.

Plusieurs effets négatifs affligent de plus en plus les nouveaux sportifs qui tiennent à accomplir des exploits. Des blessures musculosquelettiques; tendinite de la patte d'oie, périostite au tibia et tendinite du fascia plantaire. Aussi, une augmentation significative de la fatigabilité, du surentraînement et une anorexie alimentaire, phénomène autrefois féminin, maintenant également associé au genre masculin. La majorité de ces blessures peuvent entraîner l'arrêt complet de l'activité physique.

Les nouveaux sportifs, ainsi que les sportifs accomplis, doivent comprendre que la progression et la charge de travail doivent être modérées. Il est aussi important qu'ils prennent en compte l'efficience technique de leur sport. Une à deux journées de repos par semaine devraient faire partie intégrante de la routine d'entraînement.

Il est de mise de préciser que la durée et l'intensité des activités pratiquées n'ont pas besoin d'être très élevées pour être bénéfiques. Ainsi, une course à pied de 2 à 3 km va être aussi profitable et même plus qu'une sortie à la course de 15 km. Une randonnée à vélo de 20 km est aussi bénéfique que de faire le tour du Lac-Saint-Jean en vélo. On recommande la pratique régulière d'activités oui, mais d'une durée de 30 à 60 min. Au-delà de ça, le potentiel de blessure d'usure augmente, surtout chez les gens qui commencent ou recommencent la pratique d'activité sportive.

La vente de produits d'entraînement et de suppléments (shake de protéine, jus de betterave, jus de cornichon, bas de compressions) se développe au même rythme que la pratique d'activités physiques. Les compagnies axent leur marketing à propos des bienfaits de leurs produits sur les performances et surtout sur le processus d'amélioration de la récupération. Il faut demeurer vigilant et se rappeler que le repos est encore le meilleur moyen de récupérer et c'est gratuit.

Aujourd'hui, le vrai défi est de favoriser l'accès à la pratique régulière d'activité physique. Comment? En engageant des ressources humaines et des ressources matérielles dans les sites sportifs des municipalités. Les personnes responsables des différents sites pourraient offrir des conseils aux utilisateurs. Imaginez qu'à votre terrain de tennis, une ressource soit disponible pour prêter le matériel nécessaire et vous conseiller si vous avez des questions sur un geste technique ou sur l'entraînement. Qu'au terrain de balle près de chez vous, un préposé ait des gants de baseball, des bâtons, des balles et qu'il puisse animer les gens qui s'intéressent à la pratique du baseball sur une base récréative. Qu'un aréna dans la municipalité soit ouvert de 5 h à 22 h afin de pratiquer le patin ou le hockey libre, qu'une piscine soit ouverte de 5 h à 22 h pour faire des longueurs... ainsi l'horaire ne deviendrait plus un facteur limitant de la pratique sportive.

Le message de Pierre Lavoie est passé, il faut maintenant éduquer les gens à bien faire l'activité physique sans tomber dans l'excès et rendre nos infrastructures sportives accessibles.

Nicholas Bussières, enseignant au département des sciences de l'éducation à l'UQAC, au programme en éducation physique et à la santé

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