Un cas de conscience

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Bernard Noël a reconnu sa culpabilité à la... (Archives Le Quotidien)

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Bernard Noël a reconnu sa culpabilité à la Commission municipale du Québec, concernant le voyage à Nice qu'il a affectué à l'été 2013.

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Le débat
Le Quotidien

DÉBAT / Le conseiller municipal Bernard Noël est-il apte à occuper ses fonctions après avoir reconnu sa culpabilité devant la Commission municipale du Québec, pour avoir voyagé en France aux frais des contribuables ? Joan Simard est une ancienne conseillère de Saguenay et Ursula Larouche est titulaire d'une maîtrise de l'UQAC en Études et interventions régionale spécialisée en éthique.

Lorsque j'ai lu l'éditorial du 10 mai de Marc St-Hilaire, l'un de ses questionnements m'a directement interpellée: Bernard Noël et Fabien Hovington sont-ils des cas isolés?

Ce questionnement pour le moins légitime, mais qui à la fois suggère qu'il pourrait y en avoir d'autres, mérite qu'on s'y attarde.

Comment faire pour éviter que tous ces gens qui se donnent parfois corps et âme à une fonction essentielle à notre démocratie ne soient pas tous éclaboussés et coupables par association?

À titre d'ancienne conseillère municipale, je ne peux rester insensible à ce qui se passe dans l'affaire Bernard Noël. Je ne sais ce qu'il a en tête, mais après avoir admis ses fautes et ses comportements, j'espère qu'il lui restera un soupçon de jugement afin de démissionner de son poste de conseiller municipal, ce serait certainement tout à son honneur, s'il lui en reste. Autrement, il est et sera le seul responsable à faire subir autant de pression à ses proches et collègues.

Mes raisons sont fort simples, peu importe la décision de la Commission municipale, il ne pourra exercer sa fonction de conseiller et porter les dossiers des citoyens ou organismes auprès de ses pairs ou de l'administration comme il se doit.

La population a perdu un représentant. Il ne pourra exercer sa tâche et ne sera plus l'actif nécessaire au bon déroulement de ses représentations utiles et essentielles à l'obtention de projets pour ses concitoyens.

Lorsqu'on se présente, c'est pour servir. Il faut établir des ponts, des liens de confiance et plus encore. Il faut participer à la prise de décision et pour ce faire, il faut avoir les coudées franches. Dès que l'on a perdu cette marge de manoeuvre, il devient impossible d'exercer cette fonction de persuasion avec efficacité. Bien que la reconnaissance d'un élu repose sur sa capacité d'accomplir et de réaliser des choses, son comportement est encore plus important, il doit être irréprochable.

Le comportement de Bernard Noël n'est pas qu'une égratignure, mais bien une fracture pour le bon fonctionnement de l'arrondissement et du conseil. Les conseillers qui l'avaient élu comme président sortent également amochés dans cette saga.

Tous ont été floués! Pour la suite des choses, auront-ils le goût de porter des dossiers en lieu et place de celui qui leur a menti?

Auront-ils le goût de protéger celui qui, par ses comportements, porte ombrage à leurs fonctions de conseiller, remet en question l'intégrité, la transparence, la loyauté et l'honnêteté de cette classe politique déjà fortement ébranlée? Bien qu' ils puissent lui signifier le souhait qu'il démissionne, ils n'ont pas le pouvoir de l'obliger à le faire.

Ils seront piégés, ils devront porter ce boulet dont personne n'a besoin, donc voilà le fardeau de la culpabilité par association.

La loi est drôlement faite! Alors que l'intégrité, la transparence et la bonne gouverne de nos institutions publiques nous sont enseignés ad nauseam, on ne donne que des tapes sur les doigts aux gens qui transgressent ces principes. Le résultat ne fait qu'ajouter au cynisme de la population envers la classe politique. On ne regarde pas l'effet sur l'organisation, sur les collègues et, en bout de piste, sur la capacité de réaliser son mandat. On permet de reprendre du service tout bonnement. Selon la croyance, si tu es discret, que tu ne brasses plus, que tu limites ton implication, les gens auront vite fait d'oublier et la confiance sera au rendez-vous. De plus, à la suite de la décision de la CMQ, M Noël recevra sa rémunération d'élu comme s'il était le plus efficace des conseillers.

En fait la suite des choses est intolérable pour tous, autant pour Bernard Noël qui sera menotté dans sa capacité d'agir que pour la population qui perd une voix crédible au conseil d'arrondissement et au conseil de ville. Elle le sera encore davantage pour ses collègues qui devront assumer des fonctions (si ce n'est déjà fait) qui revenaient à celui qui les a mis dans l'embarras.

Si la situation est déjà difficile, si elle perdure, le malaise n'en sera que plus prononcé.

Joan Simard, une ancienne conseillère de Saguenay

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