Une question de confiance

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Le conseiller municipal Bernard Noël... (Photo Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

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Le conseiller municipal Bernard Noël

Photo Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais

 

Le débat
Le Quotidien

DÉBAT / Le conseiller municipal Bernard Noël est-il apte à occuper ses fonctions après avoir reconnu sa culpabilité devant la Commission municipale du Québec, pour avoir voyagé en France aux frais des contribuables ? Joan Simard est une ancienne conseillère de Saguenay et Ursula Larouche est titulaire d'une maîtrise de l'UQAC en Études et interventions régionale spécialisée en éthique.

La confiance, voici la substance qui enrobe les idées, nourrit la politique et constitue l'élément le plus important à préserver pour un politicien. Ce qui est mesuré quotidiennement chez nos représentant (es) politiques, c'est la confiance qu'ils méritent. Et cela est tout à fait normal, puisqu'on leur confie une grande partie de notre salaire pour assurer les services publics.

Depuis 2011, l'élu (e) doit s'engager à respecter le code d'éthique et de déontologie des élus de sa municipalité. Mais voilà, l'éthique, c'est plus que des règles. L'éthique agit en amont et en aval des règles ou lorsque les choix offerts rencontrent toutes les obligations juridiques. C'est à la lumière de ses valeurs que chacun fait un choix. C'est là que l'on retrouve «l'Intention» alimentée par un désir, mais l'intention n'autorise pas à contourner les obligations légales.

Cette Loi de 2011 sur l'éthique municipale inclut les valeurs suivantes: l'intégrité, l'honneur, la prudence, le respect, la loyauté et l'équité. Tout élu (e) municipal doit être guidé par ces valeurs, elles sont porteuses de la confiance des électeurs.

L'élu doit servir la municipalité, le collectif. On a souvent constaté les influences de collectifs d'élus ayant renversé des décisions et c'est un jeu démocratique éthique, car il rencontre le souci de l'éthique sociale, soit «le mieux-être, le mieux faire et le mieux vivre ensemble». Les collectifs argumentent et défendent les positions afin d'influencer le cours des décisions qui les concernent. C'est vivant, c'est bon pour la collectivité, ils sont un reflet de l'évolution de notre société.

L'Institution et l'Élu

Les citoyens accordent une grande valeur à la préservation des institutions qui garantissent un vivre ensemble harmonieux. La ligne de la perspective éthique est mince. Les représentants à qui les citoyens accordent leur confiance doivent laver plus blanc que blanc. On s'attend à ce qu'ils travaillent pour la collectivité et en toute transparence. Cela veut dire qu'ils doivent éviter de tirer profit des situations, pour eux ou leurs proches.

En pratique, l'élu doit déclarer une situation d'intérêt personnel et se retirer du choix, c'est une réaction empreinte d'éthique! Ensuite, c'est au groupe de décider s'il peut ou non participer au processus, c'est ce qu'on appelle accepter le processus d'être légitimé. Ce processus est un outil de l'éthique.

Les institutions aussi ont le devoir de protéger leurs élus et le contribuable. Si parfois on peut tempêter devant le temps nécessaire à l'analyse d'un dossier, cette dernière permet le recul et la mise à distance des émotions nécessaires pour éviter des situations qui nourrissent les conflits d'intérêts. Ceci pour assurer une meilleure gestion de notre argent.

Légitimité versus justice

D'un élu comme M. Noël, on pouvait s'attendre et être convaincu de son intention de bien servir ses électeurs et sa ville. Mais force est de constater qu'il a gardé le silence pour rembourser le voyage à Nice après huit mois tout en plaidant non coupable. Il a conservé son poste de président d'arrondissement pendant tout ce temps, générant des frais de cour, afin de garder sa prime pour finalement admettre sa faute. Il siège à titre de conseiller depuis 1999. Y a-t-il d'autres dépenses qui sont passées inaperçues? Il a brisé ce lien de confiance entre lui et les électeurs. Est-il légitime pour lui de continuer d'occuper son poste jusqu'aux prochaines élections? La légitimité est différente de la légalité, car elle relève du consentement d'un groupe. Certains leaders de ce monde ont défié la justice en toute légitimité pour de nobles causes. En éthique, il existe aussi l'obligation de reconnaître son erreur pour être pardonné afin d'avoir la possibilité de faire autrement, pour faire mieux. Mais cela doit se faire rapidement, dès que la faute est constatée. Nous sommes loin de cette situation.

Malheureusement, une question demeure: combien d'autres élus ont dépensé l'argent des contribuables sans se faire prendre? Voilà comment se nourrit le cynisme politique.

Ursula Larouche, titulaire d'une maîtrise de l'UQAC en Études et interventions régionale spécialisée en éthique.

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