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Le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier.... (Archives Le Quotidien, Gimmy Desbiens)

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Le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier.

Archives Le Quotidien, Gimmy Desbiens

 

Le débat
Le Quotidien

DÉBAT / La Coalition avenir Québec défraie la manchette depuis quelques jours avec son projet « L'école de 4 à 18 ans ». La stratégie a été rejetée par les autres formations politiques, notamment par le Parti québécois qui s'oppose à la mesure interdisant aux décrocheurs d'occuper un emploi de jour avant d'atteindre la majorité. Le critique du PQ en matière d'éducation, Alexandre Cloutier, s'exprime sur le sujet.

Le Québec a fait des pas de géant depuis la Révolution tranquille en matière d'éducation, mais il accuse toujours un retard sérieux en matière de décrochage scolaire. Seulement 73 % de nos jeunes atteignent l'âge de 20 ans avec un diplôme d'études secondaires en poche, contre 84 % en Ontario.

Il faut donc aller plus loin. Nous devons sortir des éternels débats de structures, arrêter les coupes qui font extrêmement mal dans nos écoles et investir dans des mesures qui auront un impact concret sur la réussite de nos jeunes.

Dépister et intervenir

Les meilleurs systèmes d'éducation au monde basent leurs décisions sur des pratiques exemplaires, reconnues par la recherche scientifique et confirmées par des expériences sur le terrain. La création par le Parti québécois de maternelles 4 ans dans les milieux défavorisés, en 2013, s'inscrit dans cette lignée.

Il est démontré qu'un jeune qui éprouve des difficultés à l'âge de 6 ou 7 ans - notamment en lecture et en écriture - risque de voir ses résultats scolaires en souffrir tout au long de sa vie. Il est donc important de dépister rapidement ces difficultés et d'intervenir en bas âge, avant qu'un jeune ne développe des problèmes qui, plus tard, deviendront insurmontables.

C'est pourquoi nous souhaitons le déploiement de ces maternelles 4 ans au Québec, en privilégiant les milieux défavorisés, là où les besoins sont les plus urgents, en complément des services éducatifs déjà offerts dans nos Centres de la petite enfance (CPE).

Ce dépistage précoce doit également être suivi d'un meilleur accompagnement tout au long du parcours scolaire des jeunes à risque. Davantage de ressources - des orthophonistes, des orthopédagogues, des techniciens en éducation spécialisée, des psychologues, etc. - doivent être disponibles pour épauler nos enseignants et assurer la réussite des élèves en difficulté.

Mesure excessive

En contrepartie, je ne partage pas l'idée de la Coalition avenir Québec de sortir le bâton et de « modifier la loi du travail pour que les employeurs ne puissent pas embaucher de jeunes décrocheurs, que ce soit à temps plein ou à temps partiel ».

Cette mesure excessive n'a jamais été appliquée ailleurs dans le monde, parce qu'elle va beaucoup trop loin et que son impact sur la réussite scolaire n'a été démontré par aucun expert ni étude scientifique. En plus, il serait ingérable de contraindre les employeurs à vérifier au jour le jour si leurs jeunes employés fréquentent assidument l'école.

Le président du Conseil du patronat a d'ailleurs réagi de façon virulente à la proposition de François Legault : « Si le jeune décrocheur ne peut pas travailler, de quoi va-t-il vivre ? Va-t-il devenir un sans-abri ? Un membre de gang de rue ? Aller chercher des revenus illégaux ? Si tel est le cas, comme société, on ne sera pas plus avancé. »

Certes, des pays et des provinces ont rehaussé l'âge de fréquentation scolaire obligatoire à 18 ans. C'est un enjeu qui mérite d'être débattu au Québec, sauf qu'il ne faut pas tomber dans la coercition. 

En Ontario, par exemple, les jeunes qui lâchent l'école avant 18 ans doivent être suivis par un travailleur social. L'idée est de les dissuader de décrocher, non pas de les empêcher de gagner leur vie s'ils finissent par quitter l'école.

Il faut dire, enfin, que le succès ontarien dépasse largement cette simple mesure. À partir de 2003, l'Ontario a réinvesti des milliards de dollars en éducation. La profession d'enseignante a été valorisée. La formation continue des maîtres a été bonifiée. Des professionnels et du personnel spécialisé ont été embauchés massivement. Parce que les enseignants et les travailleurs de l'éducation vous le diront : ils manquent de ressources pour assurer l'intégration et la réussite de tous nos élèves, particulièrement ceux en difficulté.

Pour être parmi les meilleurs au monde, nous devrons donc faire des choix comme société. Le gouvernement devra remettre l'éducation en tête de ses priorités. Les Québécois et les Québécoises aussi.

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