Des clowns en lycra

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Pour les nombreux adeptes de vélo, le printemps coïncide avec les premiers... (Archives La Presse)

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Le débat
Le Quotidien

Pour les nombreux adeptes de vélo, le printemps coïncide avec les premiers kilomètres d'une saison longtemps attendue. Daniel Boivin est journaliste à l'émission matinale Café Boulot Dodo, à la première chaîne de Radio-Canada, et Dominick Fortin est animateur de l'émission Le Show du matin sur les ondes de Radio X. Cyclistes expérimentés, ils se prononcent sur la cohabitation difficile sur les routes de la région.

DÉBAT - DANIEL BOIVIN / Commençons par la bonne nouvelle.

Je fais du vélo de route depuis que j'ai 14 ans et, au fil des ans, la cohabitation entre les cyclistes et les automobilistes s'est grandement améliorée. Dans les années 70, il fallait être un peu fou pour sortir de la ville à vélo: tous les automobilistes nous frôlaient en klaxonnant, sans exception, et la majorité nous montrait le doigt. S'ils ne klaxonnaient pas, c'est parce qu'ils ne nous avaient pas vus, ce qui était encore pire.

Il faut dire que, à l'époque, il n'y avait pas d'accotement pour rouler, encore moins de pistes cyclables (on ne soupçonnait même pas que ça pouvait exister...) Aujourd'hui, les cyclistes profitent de pistes cyclables sécuritaires et, sur la plupart des routes, on peut rouler sur un accotement asphalté. Merveilleux.

La mauvaise nouvelle, c'est que les pistes cyclables ont un effet pervers: certains automobilistes en sont venus à croire que c'est obligatoire. Ils sont convaincus que les cyclistes, comme des bêtes en cage, sont obligés de rouler sur les pistes cyclables, nulle part ailleurs, et ils ne tolèrent plus aucun bicycle sur les routes.

Et ça frôle parfois la folie.

Une fois, je roulais dans le fin fond d'un rang de Lac-à-la-Croix. En une heure, j'ai croisé une seule voiture, une Honda Civic rouge, qui a ralenti à ma hauteur. Le passager a baissé sa vitre pour me crier: «Décriss, le clown... Va pédaler sur la piste cyclable! On paye assez cher d'impôts pour ça!» Puis il m'a lancé son mégot de cigarette encore allumé. Tellement allumé qu'il a fait un trou de 4 pouces dans mon maillot en lycra! (Pas terrible, le lycra, contre le feu...)

C'était pas la grande classe. Mais pas une exception non plus. Un redneck ordinaire.

J'ai mal vu son visage, mais on s'entend que c'était pas Gérard Bouchard ni son frère Lucien. C'était le visage éteint d'un éternel frustré qui se trouve bien courageux de terroriser des cyclistes complètement impuissants et vulnérables.

Car tout le problème est là: vulnérable.

J'avoue que les cyclistes sont parfois délinquants avec le Code de la route. Mais même les cyclistes les plus caves (oui, ça existe, et je le suis parfois...) ne méritent pas de se faire écraser parce qu'ils ont ralenti au feu rouge sans s'arrêter. Le conducteur, bien au chaud dans le confort de son char, n'est jamais en danger face au cycliste qui, lui, doit constamment rester en alerte, éveillé, allumé, méfiant, sur ses gardes...

En fait, je me suis toujours demandé pourquoi certains automobilistes détestent autant les cyclistes? Ils vont tolérer un piéton ou un jogger qui traverse la rue imprudemment, mais ils se désorganisent quand il s'agit d'un cycliste!

Est-ce à cause du lycra?

Mais tout n'est pas perdu. Le nombre d'automobilistes intolérants tend à diminuer à mesure que la pratique du vélo augmente... Plus les gens font du vélo, plus ils deviennent compréhensifs. Le jour n'est peut-être pas si loin où ce genre de débat sera inutile. Car tout le monde va rouler à vélo. Et porter du lycra inflammable.

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