Pour redéfinir le féminisme

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Lise Payette... (Archives La Presse)

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Lise Payette

Archives La Presse

Roger Blackburn
Le Quotidien

Pour avoir affirmé qu'elle n'est pas féministe, la ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, a été sévèrement critiquée cette semaine. La chroniqueuse du journal Le Quotidien, Isabel Brochu, ainsi que le journaliste Roger Blackburn, s'expriment sur cette controverse.

DÉBAT / Je m'en rappelle encore, j'avais 19 ans je me préparais à exercer mon premier droit de vote dans le cadre du référendum de mai 1980. J'adorais Lise Payette, une femme extraordinaire avec qui j'avais grandi à travers l'écran de télévision qui était au coeur de nos vies comme l'est Internet pour beaucoup d'entre nous aujourd'hui.

J'ai grandi avec les femmes. J'ai passé de nombreuses heures sur les genoux de ma mère à me faire bercer. Ma mère était une femme au foyer impliquée dans son milieu. Elle était membre de l'Association féminine d'éducation et d'action sociale (AFEAS) et suivait de près les mouvements de libération de la femme.

C'est sur ses genoux que j'écoutais des émissions de télévision comme Femmes d'aujourd'hui avec Aline Desjardins, que je découvrais des femmes comme mesdames Françoise Gaudet-Smet, Lise Payette et plus tard Jeannette Bertrand.

J'avais une certaine fierté de voir que cette femme que j'avais tant aimée dans ses entrevues de fin de soirée avec son émission Appelez-moi Lise avait fait le saut en politique. Elle mettait son intelligence au service du pays, j'aimais sa façon de faire, même si dans le public il se faisait des blagues sur sa corpulence, des propos que je trouvais toujours insultants.

Alors j'ai eu beaucoup de peine pour elle quand elle s'est fait apostropher par les femmes dans le désormais célèbre phénomène des Yvettes. Voulant défendre la condition féminine et dénoncer le sexisme que subissait les femmes, elle avait lu à l'Assemblée nationale un texte tiré d'un manuel scolaire expliquant que la petite Yvette a appris que son rôle dans la vie c'est de faire plaisir aux autres, de les servir d'être gentille et soumise en coupant le pain, en servant le thé, en passant le balai et en faisant la vaisselle. «Avec le chef du Parti libéral Claude Ryan, des Yvettes avec lui, il va vouloir qu'il y en ait plein le Québec... Il est marié avec une Yvette», a-t-elle ajouté, touchant du même coup les femmes au foyer et les femmes qui voulait voter pour le Non.

Lise Payette a traîné ce boulet politique à son pied pendant toute sa vie. Elle a déjà dit que dans ce dossier, ce qui lui a fait le plus de peine, c'est que ce sont des femmes qui se sont retournées contre elle. Le mouvement des Yvettes, un mouvement de femmes favorables au camp du NON dans la campagne référendaire, est né un 9 mars au lendemain de la Journée de la femme. Plusieurs y voyaient une querelle entre féministes et femmes au foyer.

Nous y revoilà 35 ans plus tard juste avant le Sommet de la femme qu'une phrase mal placée dans une entrevue par la ministre de la Condition féminine entraîne les femmes à se diviser. Voilà que s'opposent les «féministes» d'un bord et les «égalitaires» de l'autre et les «féministes à manière» au centre.

La polémique autour de Lise Thériault, ministre de la Condition féminine, qui ne se dit pas féministe, met peut-être la table pour une redéfinition plus moderne du féminisme. On l'entend ce discours dans nos chaumières, dans nos milieux de travail et dans la vie de tous les jours. Je les entends ces femmes qui disent qu'elles ne sont pas féministes, mais que tous les jours, elles font un petit effort pour faire avancer la cause des femmes à leur manière.

On le sent ce clivage entre les femmes. Parfois certaines femmes rencontrent des féministes militantes aguerries qui laissent transparaître une forme de misandrie dans leur propos et elles sentent le besoin de se dissocier de ce genre de discours.

Dans 20 ans, on dira peut-être que la polémique autour de Lise Thériault a été l'élément déclencheur pour faire avancer davantage la cause féministe au Québec comme le mouvement des Yvettes avait rassemblé 14 000 femmes au Forum de Montréal pour se rassembler dans un débat politique afin de faire valoir leur opinion.

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