Qui suis-je ?

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La ministre Lise Thériault... (Photo Le Soleil)

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La ministre Lise Thériault

Photo Le Soleil

Isabel Brochu
Le Quotidien

Pour avoir affirmé qu'elle n'est pas féministe, la ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, a été sévèrement critiquée cette semaine. La chroniqueuse du journal Le Quotidien, Isabel Brochu, ainsi que le journaliste Roger Blackburn, s'expriment sur cette controverse.

DÉBAT / Lise Thériault, ministre de la Condition féminine, a attiré l'attention en affirmant qu'elle n'est pas féministe. Plutôt égalitaire. Stéphanie Vallée, ministre de la Justice, auparavant à la Condition féminine, a appuyé sa collègue en rejetant aussi cette étiquette. Outre conclure que le féminisme a un bel avenir, que pouvons-nous retenir de cette agitation médiatique? Deux points.

Lise Thériault affirme avoir bataillé fort pour arriver en politique. N'en doutons pas. Sans diplôme, elle a gravi les échelons notamment par une implication active dans la Chambre de commerce de l'est de Montréal. Elle a manifestement affronté une gamme de comportements sexistes dans ce royaume du boys club qu'est une chambre de commerce.

Le paradoxe de la femme qui a réussi et adopte la devise «quand on veut on peut, t'as juste à t'enligner», parfois sur le dos du féminisme, est connu et documenté sous plusieurs angles d'analyse dont l'intériorisation du sexisme et celui du règne des valeurs individualistes du capitalisme (guère surprenant avec ce gouvernement). Lise Thériault est une représentation de ces phénomènes.

Ce qui est plus grave, ici, est le fait qu'elle occupe la fonction de ministre de la Condition féminine. Les féministes savent qu'il y a des féminismes. Le dénominateur commun est la reconnaissance d'un système qui génère des inégalités et de la discrimination contre les femmes. La ministre nous dit, en quelque sorte, que ce système n'existe pas et rejette, de fait, la masse de données et faits qui démontrent le contraire. Que deux ministres (Condition féminine et Justice) identifient le féminisme à une étiquette pour ensuite le renier, sans grande réflexion, est révélateur.

La tourmente autour de la ministre passera, comme le reste. Il en est autrement du mal qui ronge nos institutions démocratiques en favorisant le nivellement par le bas. Une situation qui nous invite tous à lire (ou relire) La médiocratie d'Alain Deneault.

L'épisode Thériault questionne votre position sur le féminisme? Qui suis-je? Ne répondez pas tout de suite.

La frénésie de l'affirmation de soi met en évidence notre ignorance individuelle et collective. Se dire féministe (ou non) n'est pas simple. Dans l'affirmative, c'est une prise de conscience et un engagement à se confronter, reprendre du pouvoir, déplaire, parfois entendre l'inacceptable, recevoir des menaces. Ne faites pas comme nos ministres. Il faut lire, écouter, discuter, s'ouvrir, nuancer.

Les réseaux sociaux ont cette qualité de rendre accessible la richesse des positions féministes et la diversité de ses expressions: Hyènes en jupons, Je suis féministe, Montréal Sisterhood, Femen, Féministes solidaires et en colère (avec une plate-forme régionale), Décider entre hommes, Féminisme des femmes racisées, Récif 02, Je suis indestructible, Femmes d'affaires, Les Antiféministes. Ce ne sont que quelques exemples. Il y a aussi des romans, films, essais, documentaires, poésies. Se positionner ne va pas sans effort.

Qui suis-je? Une féministe solidaire (parfois en colère, toujours en questionnement) qui se nourrit du caractère collectif du mouvement. Si certains discours me confrontent (ce que j'aime), je reviens au dénominateur commun. Je vous laisse sur une citation de Martine Delvaux, tirée du texte «Palmarès et féminisme» publié dans la revue À bâbord. Une réflexion sur la complexité du féminisme qui «est truffé d'apories, de positions qu'on pourrait décrire comme impossibles parce qu'il s'agit d'être à la fois une chose et une autre qui est quelque chose comme son contraire». Une invitation au pari de l'impossible. «Celui de tout voir et de tout penser en même temps. Le plus grand risque consistant peut-être à vouloir tout entendre au lieu de faire taire.»

Alors, qui êtes-vous?

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