L'ignorance, c'est la force

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La Direction de protection de la jeunesse a été l'objet de multiples critiques... (Photo 123RF)

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Le débat
Le Quotidien

La Direction de protection de la jeunesse a été l'objet de multiples critiques cette semaine. Le criminaliste Charles Cantin et l'animateur de Radio X Martin-Thomas Côté livrent leur opinion respective sur l'organisme.

Martin-Thomas Côté, animateur à Radio X

DÉBAT / Une onde de choc a frappé le Québec cette semaine avec l'histoire d'un homme de la région qui a fait cinq enfants à sa belle-fille. Tout le monde a eu le même questionnement: comment se fait-il qu'avant qu'une plainte de voie de fait soit portée, personne à la DPJ ne connaissait l'identité du vrai père, même si les enfants étaient tous suivis? Comment se fait-il que personne à l'hôpital, lors des naissances, ne se soit posé une question? Que s'est-il passé? Est-ce que la DPJ a joué son rôle? Est-elle assez compétente pour le jouer? Pourquoi n'y a-t-il pas eu d'accusation contre la mère? Doit-on l'abolir comme le suggère le Dr Mailloux dans les pages du Quotidien de mercredi?

La vérité, c'est que vous n'obtiendrez jamais de réponses à ces questions. Vous n'avez pas le droit de savoir même si vous payez pour le service. Ce n'est pas de vos affaires. Vous n'êtes pas assez compétent pour comprendre. Vous n'avez pas d'études ni même d'expérience dans le domaine, donc vous n'avez surtout pas le droit de critique. L'homme a plaidé coupable, vous ne connaitrez jamais l'histoire. Les enfants sont mineurs, vous n'aurez jamais accès au dossier. Comment peut-on demander l'abolition d'un service qui passe son temps à tout nous cacher? Est-ce qu'il serait temps de revoir la façon dont on traite le public qui paie des impôts et des taxes et qui demande son droit de regard sur la façon dont on fait les choses? Que l'on nous explique que sans dénonciation on ne peut rien faire, que l'on parle en large du rôle de la DPJ, ce n'est pas suffisant!

Pensez-vous vraiment que l'identité des mineurs est préservée parce qu'on ne connait pas les détails de l'histoire? En ne disant rien, on laisse les gens inventer des histoires qui seront beaucoup plus dommageables à long terme pour le futur de ces enfants. On ne veut pas les détails des gestes posés par l'individu accusé, on veut savoir ce que la DPJ a fait de concret dans ce dossier. Le nombre d'interventions, le nombre d'intervenants et comment ils ont traité le dossier. Ils ont le droit à l'erreur et nous avons le droit de savoir lorsqu'il se trompe et d'exiger les correctifs à apporter. Du côté du DPCP, on veut savoir pourquoi la Couronne ne dépose pas d'accusations contre la mère. La police semble dire que tous les éléments nécessaires pour porter les accusations étaient disponibles. Mais eux aussi se lavent les mains en passant la «puck» au DPCP qui, comme d'habitude, n'a pas à s'expliquer au public qu'il représente. Déjà, grâce au journaliste Stéphane Bégin, on commence à en apprendre un peu plus sur les sévices que les enfants ont subis. Nous avons besoin de confirmations et d'explications quant à la suite des choses. Nos enfants, c'est l'avenir et on doit agir.

Se soustraire de la surveillance du public comme ils le font ne sert personne. On ne saura jamais si les procédures ont été revues ou encore corrigées et on ne saura jamais si quelqu'un est responsable.

Le pire c'est que je crois sincèrement à la mission de la DPJ. Je crois à la protection de l'enfance et je comprends la situation paradoxale dans laquelle l'organisme se retrouve. D'un côté, on veut éviter les histoires d'horreur comme celle de cette semaine, et de l'autre on ne veut pas devenir la Gestapo de l'enfance. Qui n'a pas entendu d'histoires de parents aux prises avec les intervenants de la DPJ. Combien de fois où j'ai moi-même fait des blagues en disant qu'ils viendraient chez nous (j'exagère bien sûr, l'héritier et la duchesse sont plus que bien traités à la maison). Mais toutes les fois, je crois au bien-fondé des interventions, même si les parents en détresse disent le contraire.

Nous avons une histoire remplie de trous et nous devons faire le saut de la confiance. Laissez-vous tomber et espérez que l'on vous rattrape. C'est le Québec d'aujourd'hui. Rappelez-vous de ce que je vous écris aujourd'hui, il y a plus de porte-parole occupés à vous maquiller la vérité que de journalistes à enquêter sur la vérité. Où est le problème? Georges Orwell a déjà écrit «l'ignorance, c'est la force».

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