Pourquoi ce mal de vivre?

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Les recherches pour retrouver Isabelle Lévesque se sont... (Archives Le Quotidien)

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Les recherches pour retrouver Isabelle Lévesque se sont poursuivies lundi et mardi en pleine semaine de prévention du suicide.

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DÉBAT / La détresse psychologique et le suicide ont été au coeur de l'actualité cette semaine. Josée Séguin est la fondatrice de l'entreprise de consultation Zone N et est détentrice de baccalauréats en récréologie et en psychologie. Hélène Fortin est quant à elle responsable de la Fondation Dédé Fortin, créée après le suicide de son frère, l'ex-chanteur des Colocs Dédé Fortin, pour appuyer financièrement les organismes dédiés à la prévention du suicide et à la santé mentale.

Josée Séguin, fondatrice de Zone N

Les recherches de la jeune Isabelle Lévesque se poursuivent en pleine semaine de prévention du suicide. Une antinomie à soulever pour sensibiliser davantage la population face aux problèmes de santé mentale qui s'intensifient. Oui, ils s'intensifient et selon les nouvelles des dernières semaines, les troubles d'anxiété chez les jeunes cégépiens ont augmenté de façon importante et indiquent un taux inquiétant. Le taux de suicide en lien avec le travail quant à lui est toujours important et est considéré comme étant le plus haut taux au monde. Pourquoi le mal de vivre en est-il ainsi au Québec?

La réalité pose davantage de défi pour les jeunes adultes qui doivent user de nouvelles stratégies pour s'adapter au monde qui change vite. Les emplois sont précaires et difficiles à atteindre. Quand enfin, le monde du travail est accédé, il reste encore beaucoup à faire. Le niveau de compétition est devenu impitoyable, les évaluations individualisées sapent la solidarité et la coopération; des conditions essentielles pour garder une bonne santé mentale. Sans parler des principes de qualité totale imposée par les grandes compagnies et nos institutions de santé qui sont impossibles à réaliser en raison de ses bases scientifiques fausses. Par ailleurs, le coût élevé de la vie atteint des niveaux sans précédent, ce qui indique un pronostic important face à la pauvreté qui est un indicateur puissant de mal-être.

Je ne connais pas Isabelle Lévesque, je ne sais pas ce qu'il lui est arrivé, mais je sais que pour disparaître, ça ne va pas du tout. Quelque chose lui a grugé l'intérieur de l'âme sans qu'elle n'ait pu trouver les mots pour se faire comprendre et s'en libérer. Le réflexe: aller à l'hôpital. Bon réflexe, mais encore, la souffrance est invisible et personne ne l'a vu, même le plus rusé des intervenants. Les souffrances indicibles et invisibles à l'oeil nu que les personnes vivent, les peines, les angoisses, les doutes, les pertes de soi, la profondeur du mal sont difficiles à saisir même par l'étude supérieure des théories. Peut-être faut-il avoir dépassé ses frontières expérientielles et guéri ses cicatrices pour en comprendre quelque chose? Si «charité bien ordonnée commence par soi-même» les intervenants, conscients de la pression organisationnelle sur la santé mentale, comprennent d'instinct qu'il faut «sauver sa peau» avant les bénéficiaires. Ils doivent être hautement formés, forts, professionnels, obéissants, excellents, voilà les exigences de ce monde du travail.

Force est de constater que ces exigences mystifient les statistiques, car le taux indique que près d'une personne sur deux prendra des médicaments de tout genre pour atténuer le mal de vivre. Faudra-t-il encore plus de suicides où enrichir encore plus les compagnies pharmaceutiques pour remédier à cette épidémie? Oh, j'oubliais, la science évolue...

La paix d'esprit, un mot rare...Jobs précaires, amours au passage du vent numérique, instabilité des foyers et rien de vraiment solide sur quoi reposer. L'humain dans sa nature a besoin de paix, de sécurité, de tranquillité d'esprit. Il a besoin de savoir qu'il fait partie d'une communauté vivante et que rien ne pourra le mettre à la rue ou ne le fera mourir de faim. Il a besoin de savoir qu'il est aimé pour ce qu'il est. Il a besoin de savoir que l'exil et l'errance ne font pas partie de sa destinée. De tous les temps, l'humain n'a jamais été aussi seul face à son destin.

Le modèle social sur lequel repose notre société est à repenser en fonction de cette condition humaine. Cette nature fragile qui a besoin d'amour, de compréhension, de sécurité, de communauté vivante, de compassion, de temps, de rire et de solidité. Les entreprises, les politiques étatiques et toutes les entités oeuvrant avec les gens doivent désormais mettre en priorité, au centre de leur agenda, les préoccupations qui touchent ces conditions pour rééquilibrer la situation catastrophique en santé mentale. Parce que la politique n'est pas seulement économique et financière, elle doit être aussi existentielle.

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