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Amers indiens

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Theresa Spence... (Photo PC)

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Theresa Spence

Photo PC

 

Myriam Ségal
Le Quotidien

Le Canada se retrouve dans un de ces ponctuels psychodrames amérindiens. Et doublement: une contestation, et un jugement. Theresa Spence, chef d'une réserve miséreuse du nord de l'Ontario, fait un genre de grève de la faim, reprochant à l'État de faire tourner au ralenti ses relations avec les «premières nations» (y a-t-il une dernière nation?). Des personnages «emplumés», folkloriques, tapent du tam-tam et «boucanent» à Ottawa en guise de protestation. Belles images pour nourrir à l'international le fantasme de l'indien pur et écolo maltraité par ces Blancs voraces...

Mme Spence mène une manoeuvre de diversion. Elle éclipse le fait qu'elle s'en met plein les poches en gérant la réserve. Selon des documents obtenus par un «vilain journaliste de droite à Toronto», elle et son conjoint y gagnent 350 000$ par an, pendant que des familles y tirent le diable par la queue, malgré 90 M$ déversés là en sept ans, sans amélioration sur le terrain. On y a acheté une deuxième Zamboni, mais démoli l'école neuve que le Conseil avait érigé sur des déchets toxiques. Le Conseil de bande, 21 élus pour 1500 citoyens, dispose de placements de 9 M$...

Out, les réserves!

Le concept même des réserves doit changer. Nul ne peut prospérer sans bouger dans le monde moderne. Nos enfants doivent quitter la région, parfois même le pays, pour étudier; travaillent là où ils le peuvent au début de leur carrière, et reviennent éventuellement plus tard. Parfois. Pas toujours. Ils vivraient pauvres s'ils refusaient de sortir de leur patelin, et exigeaient d'y pratiquer leur métier, quel qu'il soit. Même chose pour une réserve au nord du Nord.

Si les Conseils de bande veulent de l'autonomie, qu'ils quêtent moins, rendent des comptes publics, prouvent qu'ils veulent le bien de leurs concitoyens, et non préserver des petits royaumes dont les dirigeants seuls semblent s'enrichir.

Les gouvernements ont tout mélangé dans nos relations avec les Amérindiens: la réparation du passé, la survie au présent, le développement de l'avenir. On déverse des millions sur des réserves dont les dirigeants n'ont pas toujours intérêt à ce que les citoyens se développent. Car cela signifie aussi un exode, une perte de subventions et de contrôle. Les avantages fiscaux des Indiens en réserve les y retiennent au lieu de leur permettre de déployer leurs ailes. Cela n'a rien à voir avec la culture, que l'on préserve bien au-delà des exils et qui subsiste mieux si on la répand, sans la cantonner à un coin de pays.

Et les Métis!

D'autre part, un jugement vient de statuer qu'Ottawa doit considérer les Métis et Indiens hors réserve sur un pied d'égalité avec les Indiens en réserve. Fini, le deux poids, deux mesures. Or 70% des citoyens de la région peuvent revendiquer le titre de Métis: même mon fils. L'historienne Russel-Aurore Bouchard prétend que, par ricochet, moi aussi, de même que mes fils adoptifs.

Ce jugement devra grimper l'escalier juridique du pays, mais forcera les gouvernements et chefs amérindiens à cesser de voir le reste de la population comme des citrons à presser, des pourvoyeurs infinis, des citoyens de seconde zone.

Hélas! Au lieu d'explorer cette piste, le gouvernement québécois veut se dépêcher de régler le traité dit de «l'Approche commune» avec les réserves d'Innus. Certains historiens doutent de l'existence de ce peuple sur le territoire avant l'exploitation de celui-ci par les Blancs.

Mais qu'importe! Nous devons bâtir un pays inclusif où tous sont égaux, regroupés autour de grands principes, et respectueux des différences; dédommager ceux qui doivent l'être, donner une chance honnête de développement à tous, mais en arriver à une égalité dans l'avenir. L'Approche commune, au contraire, consacre un statut privilégié sur ce territoire à certains Amérindiens (ceux qui vivent en réserve), jusqu'à la fin des temps, sur la base du sang et du lieu de naissance. On appelle généralement ça du racisme.

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