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Le miracle

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Nous y revoilà. On est passé au travers. Noël, sa cohue, la route enneigée, le... (Photo internet)

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Myriam Ségal
Le Quotidien

Nous y revoilà. On est passé au travers. Noël, sa cohue, la route enneigée, le monde chaud, les vaines exhortations à la prudence! Les cadeaux, la dinde, la tourtière, les gâteaux, la bûche, le sucre à la crème, le vin, la bière, le scotch: on enfle à vue d'oeil.

Je n'aime pas Noël. On y arrive fatigué, tendu à l'issue d'un marathon périlleux, entre les commissions, les stationnements, les premières neiges mal ramassées, le travail à boucler avant la pause vite évaporée. Les enfants fébriles ont la tête en vacances avant même que l'école finisse. Les invitations se bousculent: on voit plein de monde, mais on ne voit bien personne. Défilent les partys avec les collègues, les amis de loisirs, puis la famille, et entre Noël et le jour de l'An, les amis distanciés.

Watson accompagne fidèlement mes libations. Cette application me permet d'entrer mes consommations tout au long de la soirée, calcule mon alcoolémie, et m'indique quand je peux reprendre la route. Mais je vais le plus souvent à mes partys à pied (cela expie quelques calories) ou je covoiture avec une femme enceinte ou un amateur de Pepsi. Je redoute toujours le verre imprévu qui atterrit sur la table, et qu'on boit par politesse.

Et puis on entre dans cette folie qui prend sans cesse de l'expansion et frise maintenant le délire: le Boxing Day, qui oblige des employés de magasin fourbus à piquer un dernier sprint étourdissant. Nous voilà, cherchant une place étroite sur le stationnement pour profiter, dans cette cohue tendue et impolie, d'aubaines factices avec les cartes-cadeaux impersonnelles reçues.

Le sapin

Mais une magie persiste malgré ce tourbillon. Cette année, j'y ai cédé.

Les derniers Noëls, j'avais refusé le sapin. L'objet encombrant bouffe un espace vital de mon salon en ce temps de visites. Je me contentais d'une guirlande sur le manteau de cheminée et de quelques chandeliers. Mon fils, un ado renfrogné typique, mi-marmotte mi-porc-épic, insistait lourdement pour l'arbre, les lumières, les couronnes, les guirlandes clinquantes.

Les deux dernières années, il a pris la patère destinée à faire sécher son équipement de hockey, a réquisitionné toutes mes vieilles boîtes de décorations et de lumières et a improvisé un sapin en les entortillant autour de la patère. Pour qu'un ado fournisse pareil effort sans aucune rémunération, sans aucune obligation, sans aucun profit personnel, juste pour le plaisir d'une atmosphère festive collective, il faut que Noël signifie encore quelque chose.

Alors j'ai jeté les vieilles boules hétéroclites à la peinture écaillée, les guirlandes indénouables dans les cheveux d'ange, les lumières dont la moitié n'éclairaient plus. Un soir, avec mon ado, on a acheté un sapin, des boules, des lumières, une couronne de bienvenue. Il a fallu argumenter sur la taille, les couleurs, découvrir nos goûts et préférences. On a passé une soirée à monter cette chose inutile, anti-écologique, et envahissante. Mais ensemble. En jasant de tout et de rien. Et ça nous a fait du bien à tous les deux.

La crèche

On a même réinstallé la vieille crèche kitch des années soixante, avec les auréoles dorées sur la tête des personnages en extase. Pas très réaliste, juste après un accouchement, la mère en génuflexion, lourdement vêtue, qui laisse son bébé quasi nu dans une auge. Mais on les a installés précautionneusement, avec attendrissement.

Pourtant, je ne parle plus guère à Dieu et ses acolytes. Je suis même un peu fâchée contre Lui. Quand je regarde notre monde, où des fous sanguinaires assassinent des enfants, en Syrie, en Palestine, en Israël, aux États-Unis, et même chez nous, je trouve que s'Il existe, Il a un sérieux problème de contrôle de la qualité.

Comment Noël et ses symboles désuets peuvent-ils encore toucher une fibre profonde, nous régénérer, malgré tout ce marchandisage pressé, ce monde qui grouille d'injustices?

J'aime encore ce miracle: l'ESPOIR.

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