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Que comprendre?

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Myriam Ségal
Le Quotidien

Guy Turcotte est libre. Quarante-six mois après avoir poignardé 46 fois, dans leur lit, ses deux enfants. Il était fou. Abracadabra! Il ne l'est plus. Nul ne peut dire de quoi il souffrait. Ni comment il a guéri. Faites confiance!

Le public est furieux. Il a le sentiment que ses institutions, la justice, la médecine, se sont fait jouer par un cartésien brillant et fortuné. Une colère sourde et profonde gronde. On a collectivement de la difficulté à soutenir le regard et la souffrance de l'ex-femme de l'assassin. Comme si on l'avait laissé naufrager dans les tourments, la douleur et la peur.

Certains psychiatres pensent que Turcotte a un trouble de la personnalité, et que cela ne se guérit pas par la thérapie. D'autres s'inquiètent: six mois de thérapie ne peuvent pas éradiquer le mal profond qui pousse un père instruit et aimant à poignarder deux petits êtres vulnérables, totalement confiants. Lui qui a accès à toute la pharmacopée, les a tués dans d'atroces souffrances... et il s'en souvient, ce qui intrigue aussi certains psys, qui estiment que lors de dissociations, la mémoire part complètement.

La psychiatrie reste une science très inexacte: elle sort de cette saga avec un oeil au beurre noir. On ne prive un malade de sa liberté que s'il est dangereux pour lui ou les autres. Le voilà, souriant, détendu à son audience. L'assistance est terrassée, angoissée, déchirée à la seule évocation du crime. Pas lui. Du moins, pas en apparence.

Bon sens

Cela heurte le sens commun, le GBS (Gros Bon Sens). Comment peut-on commettre l'horreur absolue, et n'avoir pas le moindre remords apparent, une larme, un sanglot, un mot pour les victimes? N'avoir jamais une velléité de demander pardon? Faut être centré sur soi-même de façon maladive... faut être fou!

Guy Turcotte s'est baladé tout l'été en liberté, gracieuseté de ses psychiatres, malgré qu'il se montre rétif à toute investigation ou traitement. Lorsqu'il s'est foulé la cheville, il a senti le besoin d'une thérapie... plus de trois ans après le drame! Il peut passer par-dessus l'assassinat de ses deux bambins sans cela, mais pas par-dessus une entorse à sa cheville! Et il n'est pas fou?

Sans médicament ni traitement, avec un embryon de thérapie, sans avoir l'air de souffrir, le voilà guéri, fonctionnel! Un ami m'a un jour raconté qu'il lui a fallu quatre ans de thérapie pour démasquer la source de son mal de vivre. «Comme des pelures qu'on enlève et qui te laisse la chair à vif, me racontait-il. Et tu pleures, et tu souffres, et puis tu t'aperçois que tu n'es pas encore arrivé à la source ultime de ton désarroi, que ça va faire encore plus mal.» Et mon ami n'avait tué personne!

Guy Turcotte aurait expédié les affres de cette introspection douloureuse en deux coups de cuiller à pot? Le psychiatre de Pinel le décriait il y a six mois comme récalcitrant, narcissique, inquiétant. Il le juge maintenant apte à prendre un appartement, reprendre une vie normale. Une famille et un permis de pratique avec ça?

Collège piégé!

Guy Turcotte a démissionné du Collège des médecins quatre mois après le meurtre, avant son procès. À cause de la présomption d'innocence, l'ordre professionnel n'avait pas sévi. Son dossier disciplinaire est donc vierge. Pas mal calculé, pour un fou!

Acquitté pour troubles mentaux, il peut réclamer son permis de pratique. Le Collège est coincé. S'il le lui rend, cela exacerbera le sentiment public de s'être fait flouer. S'il le lui refuse, cela représentera un désaveu des savants confrères psychiatres qui clament qu'il va maintenant bien.

Il devra choisir: heurter le sens commun, ou ravaler l'orgueil démesuré des psychiatres. Leurs contradictions et cette libération font plus mal paraître la profession que les incartades verbales du «Doc Mailloux» !

Et ce n'est pas fini: si la Cour d'appel ordonne un nouveau procès, nous revivrons le drame. Non seulement l'infanticide, mais les hoquets de notre justice et de notre médecine.

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