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Lutte à l'excellence

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On nous brandit souvent une statistique troublante: l'université... ((Archives))

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On nous brandit souvent une statistique troublante: l'université au Québec coûte moins cher qu'ailleurs en Amérique du Nord, et pourtant moins de jeunes s'y inscrivent.

(Archives)

 

Myriam Ségal
Le Quotidien

Les jérémiades féministes sur les collègues masculins un peu drus, sur les toilettes mal adaptées, sur les appareils lourds, m'agacent un peu. Les femmes qui entrent dans des métiers traditionnellement masculins doivent enfiler une carapace et faire leur place par leur compétence et sans renâcler. Mais, le témoignage à la télé d'une électricienne m'ébranle.

Structurée, athlétique, elle a du envoyer 150 CV pour avoir deux retours d'appels malgré la pénurie. Tous les gars de sa promotion ont été embauchés avant elle, même les nuls qui ont obtenu de peine et de misère leur diplôme d'électricien, alors qu'elle «pétait des scores».

Elle se plaint que sur son bulletin de formation professionnelle on n'écrive que: «réussi». Pas de notes, ni en chiffres, ni en lettres. Comme si tous ceux qui passent ces cours avaient un talent égal. Inutile de se forcer: le meilleur n'aura pas plus de chance que le plus mauvais.

Les employeurs, sans information sur l'habileté et l'assiduité, ne bousculent pas les coutumes. La fille, même supérieure, passe en dernier. Le problème dépasse le féminisme. Presque tout le système scolaire québécois mène une lutte contre l'excellence...

Bulletins

Au primaire, le journal La Presse nous apprenait, récemment, que les pédagogues ministériels ont inventé un bulletin chiffré, dont les notes sont subjectives: elles compilent l'impression du prof et les résultats académiques. Objectif: que ceux qui se forcent aient une même note que ceux qui réussissent par aisance naturelle.

La réaction des parents sur Facebook en dit long sur la méfiance qui s'est instaurée. Plusieurs craignent que le prof en profite pour rabaisser un élève malcommode pris en grippe.

Le bulletin scolaire représente le trait d'union entre le parent et l'école. Il permet en quelques lignes d'échanger sur les forces et faiblesses de l'enfant. Mais le ministère de l'Éducation invente toujours une nouvelle façon de le truquer sous toutes sortes de prétextes: préserver l'estime de soi du jeune, augmenter la diplomation, évaluer les compétences.

Pourquoi pas simplement un bulletin avec un chiffre par matière issu des travaux et examens; et un mot, une phrase sur le comportement du jeune, comme à l'époque où on comprenait les bulletins? On ne dit d'ailleurs plus examen, mais «SAE»; situation d'apprentissage et d'évaluation. Ces variations de jargon disqualifient et choquent le parent.

Au secondaire, on donne un chiffre, mais faux. Exemple: un jeune qui a 94% verra apparaître 90% sur son bulletin. Son résultat est transformé en lettre, «A» en l'occurrence. Mais la moyenne de ceux qui ont «A» dans son groupe donne 90... On érige en système la lutte à l'excellence, le dénigrement de l'effort. Plusieurs profs, eux-mêmes mal à l'aise avec ce système, tentent de pallier. Le système de formation professionnelle continue le processus avec sa note unique, et nourrit un syndicalisme qui plaide la compétence uniforme!

Cote «R»

Le choc de la réalité compétitive survient au cégep, lorsque le jeune veut aller à l'université et a désespérément besoin de sa cote «R». Cette cote, issue d'une alchimie comptable complexe et incompréhensible, l'oblige à «performer» nettement au-dessus de la moyenne pour entrer dans les disciplines universitaires prisées. Peu importe ses chagrins, ses peurs, ses maladies, ses peines d'amour, son isolement, le chiffre tombe comme une guillotine sur ses rêves, sans aucune chance de se rattraper.

On nous brandit souvent une statistique troublante: l'université au Québec coûte moins cher qu'ailleurs en Amérique du Nord, et pourtant moins de jeunes s'y inscrivent. Les mouvements étudiants pointent l'argent comme cause de cette désaffection. Je blâmerais bien plus la négation de l'excellence durant tout le cursus scolaire qui les prépare mal à cette cote «R» en forme de couperet!

Mais le sommet qui se prépare portera sur l'argent en éducation, pas sur l'éducation elle-même. Et pourtant!

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