Un régime plus fort que son chef

Jean-Pierre Blackburn a tenu un point de presse... (Photo Le Quotidien, Yohann Gasse)

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Jean-Pierre Blackburn a tenu un point de presse devant quelques journalistes lundi matin afin d'annoncer qu'il quittait le Parti des citoyens de Saguenay et poursuivait la campagne à titre de candidat indépendant.

Photo Le Quotidien, Yohann Gasse

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ÉDITORIAL / Jean-Pierre Blackburn ne réclamait qu'une chose : l'indépendance qui revient normalement à un chef ; celle qui lui permet de diriger selon ses valeurs et ses principes. C'est triste à dire, mais quelle naïveté de la part d'un politicien de carrière jouissant d'une expérience aussi considérable ! Comment a-t-il pu croire être en mesure de remodeler le Parti des citoyens de Saguenay (PCS), alors que ce dernier a été créé à l'image de l'administration actuelle ?

En quittant, il confirme ce que plusieurs s'évertuent à dire depuis des années : les racines politiques du PCS sont solidement ancrées partout dans l'administration municipale. N'avait-il pas entendu ces personnes avant de se lancer dans la course ?

« Je reprends ma liberté. » De la part de Jean-Pierre Blackburn, cette figure de style a une signification bien particulière. Ancien député sous Brian Mulroney, puis ex-ministre au sein du cabinet de Stephen Harper, il s'est fait un devoir de respecter en toutes occasions la ligne de sa formation, de s'y rallier et de la défendre avec énergie. Comment un homme ayant démontré une telle résilience, à l'époque, en est-il arrivé à claquer la porte d'un parti qui, en théorie, lui avait cédé le contrôle de sa destinée ? Les quelques explications qu'il a livrées lorsqu'il s'est adressé à la presse, lundi avant-midi, résument l'état d'esprit dans lequel il a décidé d'abandonner le navire. Toutefois, un tel changement de cap ne peut se résumer à un coup de tête ou à une simple divergence d'opinions. Il y a bien plus, même si nous ne connaîtrons vraisemblablement jamais toute la vérité. 

Ce que nous savons par contre, c'est qu'aux yeux de plusieurs militants du PCS, Jean-Pierre Blackburn était un intrus. Jusqu'à la dernière seconde, des personnes influentes du parti ont tenté en vain de lui dénicher un adversaire en vue de l'investiture. Ces personnes craignaient d'être écartées au profit d'une nouvelle garde rapprochée, choisie par le chef. Ces gens habitués au pouvoir considéraient Blackburn comme une menace pour leurs intérêts personnels. Et bien que leurs tentatives de recrutement aient été effectuées en coulisses, à l'abri des regards, le candidat a vite pris connaissance de cette rébellion. 

Les derniers événements démontrent que les différends entre Jean-Pierre Blackburn et les membres influents du PCS se sont amplifiés davantage au cours de l'été, jusqu'à devenir irréconciliables. L'implosion est ainsi devenue l'unique solution. 

Après nous, le déluge

Jean-Pierre Blackburn a cru ceux qui l'ont contacté et qui lui ont promis une élection clés en main, sans entrave. La mairie sur un plateau d'argent, s'est-il dit. Incapable de résister à l'appel de la politique, il s'est laissé bercer d'illusions et a fait le grand saut pour finalement aboutir dans un marais vaseux, loin du paysage bucolique qu'on lui avait présenté. 

Il a essayé de changer les choses, sans grand succès. Dès les premières semaines de campagne, il a mis de côté le nom du PCS pour adopter celui d'Équipe Jean-Pierre Blackburn. La semaine dernière, il demandait au maire Jean Tremblay de revenir sur sa position en ce qui concerne l'achat des compteurs d'eau, se dissociant à nouveau de la ligne établie. 

Mais, le régime a été plus fort que le chef.

Le plus intrigant dans toute cette histoire n'est pas de savoir ce qu'il adviendra du PCS et des candidats de la formation politique. Non, la véritable question est celle-ci : est-il possible de s'affranchir du spectre de Jean Tremblay et de ses proches, et de gouverner librement au sein du PCS ? Madame de Pompadour avait une expression toute désignée pour ce type de situation : « Après nous, le déluge».

Et Jean-Pierre Blackburn, qui a finalement compris, a opté pour l'embarcation de secours avant d'être emporté au fond des eaux.




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