Toxique et inconséquente

Un ou des citoyens ont installé cette pancarte... (Archives Le Quotidien, Michel Tremblay)

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Un ou des citoyens ont installé cette pancarte « Saguenay ville blanche » par-dessus l'enseigne du Cimetière Saguenay à Saint-Honoré.

Archives Le Quotidien, Michel Tremblay

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ÉDITORIAL / Il y a quelque chose de troublant dans la saga des affiches portant l'inscription « Saguenay, ville blanche ». Il y a le geste proprement dit, qui est vraisemblablement le fruit d'un groupuscule d'individus disgracieux cherchant à donner un sens à leurs lubies, mais il y a aussi le plaidoyer d'innocence des dirigeants de La Meute qui laisse un goût très amer. Comment peut-on être aussi inconséquent ?

Celui qui craque l'allumette doit assumer la responsabilité du brasier qu'il provoque. Même un enfant de 4 ans comprend ça.

Dans un communiqué publié la semaine dernière sur la page Facebook du groupe, les administrateurs de La Meute prônaient le vivre ensemble et le droit à toutes confessions d'avoir un cimetière. Puis, d'un même souffle, ils s'autoproclamaient les défenseurs « de nos valeurs, de nos droits, de notre liberté, de notre sécurité et des fondements de notre Nation ». Comment être certain que chacun des quelque 40 000 membres présumés de La Meute au Québec sera en mesure de se retrouver à l'intérieur d'un discours aussi paradoxal, qui laisse place à tant d'interprétations et de nuances ? 

« Nous sommes le peuple »

Le plus inquiétant est que depuis quelques mois, La Meute a élargi son empreinte bien au-delà des réseaux sociaux qui l'ont vu naître, notamment grâce à la distribution de tracts faisant la promotion de sa vision identitaire. Ces tracts sont parfois placés sur les pare-brise d'automobiles, mais d'autres fois, ils se retrouvent sur les babillards d'entreprises privées ou pire, placardés sur les fenêtres d'une mosquée, comme ce fut le cas à Chicoutimi en juin dernier, après un rassemblement du groupe (voir autre texte dans cette édition du journal). « Non à toutes sortes d'accommodements religieux ; ici c'est la laïcité sans compromis », pouvait-on lire sur l'imprimé, soigneusement frappé du logo de La Meute. 

Les administrateurs de La Meute se sont encore une fois dissociés de cet acte d'intimidation après avoir été contactés par les enquêteurs de Saguenay. Sur leur portail, ils ont invité leurs membres à ne plus agir ainsi au nom du groupe, sous peine « d'exclusion ».

Comme dans le cas de l'affiche « Saguenay, ville blanche », il n'y a eu aucune introspection ; aucun mea culpa. 

Ces actions offensives n'ont probablement pas été orchestrées par La Meute. Elles découlent néanmoins d'un phénomène très préoccupant qui s'étend de plus en plus au Québec. Et c'est là qu'il revient à tous de s'impliquer à l'intégration harmonieuse de l'étranger et à l'éducation de notre population. La Meute, elle, préfère cultiver la peur et la montée de la droite avec des slogans tels : « Nous sommes le peuple ; nous sommes La Meute. »

Les représentants ont beau répéter sur toutes les tribunes qu'ils n'encouragent ni la violence ni l'intimidation, ils ont beau menacer les fautifs d'expulsion, il est dorénavant clair qu'ils ne peuvent plus contenir leurs disciples les plus radicaux. Ils leur ont offert un foyer qui n'existait pas jusqu'ici, et les débordements - qu'ils soient conformes ou non aux règles du groupe - ne feront que se multiplier avec le temps. C'est ce qui se passe lorsqu'on joue avec le feu. 

Pour reprendre les termes employés récemment par le maire Régis Labeaume, La Meute constitue une milice « potentiellement dangereuse » et « extrêmement toxique ». Il aurait pu ajouter : une milice infiniment plus menaçante qu'une simple famille d'immigrants qui souhaite s'installer au Québec tout en conservant ses croyances et ses pratiques religieuses, dans le respect de la Charte canadienne des droits et libertés de la personne.




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