La tête à Papineau

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La mise en scène du dernier défilé de la Fête nationale à Montréal, a provoqué toutes sortes de réactions.

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Rodrigo Brignani-Peres
Le Quotidien

Le dernier défilé de la Fête nationale, à Montréal, a provoqué un tollé à travers une mise en scène discutable. De jeunes Noirs poussaient un char allégorique sur lequel se trouvaient des Blancs qui faisaient la fête. Une coïncidence, pour les organisateurs, une erreur, pour d'autres. Voyez ce qu'en pensent nos invités, Sébastien Lévesque et Rodrigo Brignani-Peres.

TRIBUNE / Il n'y a aucun doute dans ma tête que les organisateurs de la parade de la Saint-Jean-Baptiste à Montréal ont agi de bonne foi. Je ne crois pas du tout qu'il y a eu des intentions racistes dans la mise en scène de l'événement, ni que les quatre garçons Noirs vêtus en « habits d'esclave » ont été placés là par un être à l'esprit malveillant. Ceci étant dit, même avec les meilleures intentions, on peut commettre des impairs qui, eux, ont une connotation raciste.

Le racisme, c'est (entre autres mauvaises choses) de la mauvaise foi. Je refuse de croire que quiconque a sciemment agi avec mauvaise foi dans ce cas. Par contre, la négligence par rapport à l'image des jeunes bénévoles nourrit le stigmate de soumission dont la communauté noire tente de se départir. De surcroît, le char allégorique que les bénévoles poussaient était le « char de l'histoire ». Arborant le célèbre prologue « il était une fois » dans son décor, il servait à renseigner davantage les spectateurs sur le passé du Québec. 

En fait, il était une fois, au Québec du 17e siècle, un endroit où les Noirs n'étaient pas considérés comme des personnes. Ils étaient des choses, des biens, qui servaient les riches familles blanches. Cette condition a perduré - légalement - jusqu'en 1834. Bien entendu, ce n'est pas cette histoire que l'on voulait raconter lors de la parade.

Associer des Noirs à l'esclavage, comme on l'a fait - même involontairement-, c'est perpétuer une vision délétère, injuste, de cette communauté. Le racisme, manière irrationnelle d'auto-affirmation, puise ses fondements dans ce type de vision stigmatisée de l'autre. Le raciste est celui qui veut réduire un groupe en raison de notions généralistes, imprécises et irréfléchies qu'il a dudit groupe. Donc, lorsque l'on présente des élèves Noirs en condition d'esclave, ainsi, hors contexte, on contribue, même indirectement, à la dynamique du racisme.

Les jeunes bénévoles proviennent d'une école (Louis-Joseph-Papineau) plantée en plein coeur d'un milieu défavorisé. Les habiller « en guenilles » et les présenter faisant la « job de bras » pendant que des Blancs dansent à leurs côtés, n'était certainement pas l'idée du siècle. C'était très facile de prévoir le dommage... 

À mon avis, on a manqué solidement d'empathie à la Saint-Jean. Et de bon sens, aussi. 

Us et coutumes

Étant la fête nationale du Québec, la « Saint-Jean » se veut le moment d'exaltation des traits distinctifs de notre société. On y célèbre nos us et coutumes et notre histoire. Alors, en tant que collectivité, c'est le moment idéal, selon moi, de faire un bilan de notre état de santé. De se lancer dans une auto-évaluation critique de nos dernières conquêtes sociales et de nous ajuster pour l'avenir.

Profitons donc de cet événement pour penser une société véritablement inclusive. Une société qui ne voit pas le « politiquement correct » comme synonyme de « plate ». La mémoire collective des Noirs n'est pas devenue insensible à son récent passé d'oppression. Il ne suffit pas de déclarer que tous sont égaux devant la loi pour que disparaissent les cicatrices laissées par l'esclavage. Alors, le « politiquement correct », parfois, est nécessaire. Des sujets d'une telle délicatesse doivent être traités avec doigté. 

Bref, on a encore du chemin à faire pour mieux comprendre et, conséquemment, combattre le racisme. Ça ne prenait pas la tête à (Louis-Joseph) Papineau pour le constater. Mais peut-être que ça prenait ses élèves pour nous secouer un peu.

Rodrigo Brignani-Peres




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