Les coulisses d'une transaction

Dick Evans, pdg d'Alcan, Paul Albanese, président et... (Archives La Presse)

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Dick Evans, pdg d'Alcan, Paul Albanese, président et chef de direction de Rio Tinto, Yves Fortier, président du conseil d'administration d'Alcan, et Paul Skinner, président du conseil d'administration de Rio Tinto lors de l'annonce de la vente d'Alcan à Rio Tinto

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ÉDITORIAL / Dans un article de La Presse +, relayé par Le Quotidien du Saguenay-Lac-Saint-Jean, lundi, la journaliste Hélène Baril joue dans les émotions des Jeannois et des Saguenéens en revenant sur la transaction qui a fait passer Alcan aux mains de Rio Tinto, en 2007.

L'intérêt du reportage tient dans les commentaires des principaux acteurs de l'époque, une démarche relativement rare en affaires, le milieu étant plutôt discret et circonspect. S'il y avait trois mots à retenir de la transaction vue de l'intérieur, il s'agirait de regret, résignation et fatalité.

La population régionale se souviendra que la vente d'Alcan a eu l'effet de coup de tonnerre, d'autant plus qu'elle est survenue quelques mois après l'annonce d'un investissement majeur pour le développement de l'AP60 à Arvida. Bien avant que le prix de la tonne d'aluminium chute dramatiquement, les élites locales ont commencé à craindre pour la suite des choses. L'environnement de Rio Tinto n'avait rien à voir avec Alcan, dont l'essentiel des activités était la fabrication d'aluminium. Rio Tinto, un géant mondial des mines, fait dans la diversification.

Et très rapidement, le prix payé par Rio Tinto est apparu trop élevé (101 $US l'action contre une valeur de 61,03 $), ce qui laissait présager que la région, avec ses quatre alumineries, ses barrages, son port de mer et autres installations serait mise à contribution. S'en est suivie une réalité : le marché de l'aluminium a été mis à mal par une surcapacité de production, gracieuseté des Chinois, notamment.

Donc, les trois mots à retenir. Le premier, regret. À la grande surprise générale, Yves Fortier, président alors du conseil d'administration d'Alcan, et Denis Desautels, membre du CA, reconnaissent la grande perte pour le Québec de la mainmise sur Alcan et de la dilution du siège social à Montréal et disent regretter la vente. Ils auraient pu ajouter que les milieux concernés ont encaissé une volée de bois vert au point de mal s'adapter aux changements de culture.

Ensuite, la résignation, c'est-à-dire comment en aurait-il pu être autrement ? Le gros avantage que les administrateurs ont voulu donner à Alcan (énergie et contrat de travail à long terme) a rendu la société trop belle aux yeux du marché. Est survenu un jeu de séduction mettant en action Alcoa, Vale, BPH Billiton, Anglo-American et Rio Tinto.

Puis la fatalité. Comment, en respectant les règles du marché et des États, l'offre finale de Rio Tinto aurait pu être refusée ? C'est ce que disent unanimement les acteurs. Cependant, Raymond Bachand, alors ministre du Développement économique, rappelle que l'État de la Pennsylvanie s'est donné des règles « qui empêchent les transactions hostiles ».

Parmi les autres commentaires, celui qui retient l'attention provient du sous-ministre à l'Énergie et aux Ressources naturelles, Normand Bergeron. « Ce qu'on voulait, c'est que la technologie soit développée au Québec, et l'entente obligeait le futur acheteur à le faire. Il y avait aussi le renouvellement des droits hydrauliques. Jamais, jamais, jamais aujourd'hui un gouvernement ne donnerait ça à une compagnie. Le niveau du lac Saint-Jean, c'est elle qui le décide. »

Ça ne peut être plus clair, l'entente avait été pensée pour une société canadienne, pour son bénéfice, celui de ses travailleurs et du milieu et non pour une multinationale du type de Rio Tinto. Normand Bergeron n'ignore pas les enjeux de gestion du lac Saint-Jean, étant lui-même de la région. Son affirmation est dans le sens des récriminations au coeur du débat sur la gestion du lac.

Le reportage présente également la contrepartie. Que serait-il arrivé si Alcan n'avait pas été achetée ? Comment la société aurait géré la chute du prix, de 3400 $US la tonne à 1300 $US ? Une façon de reconnaître qu'elle n'aurait pas fait de miracle.

Il reste une question à répondre, comment les administrateurs et les dirigeants, comme le président et chef de la direction d'Alcan, Dick Evans, arrivent à bien analyser les impacts d'une transaction quand ils savent que cela leur rapportera gros. À l'époque, M. Evans a touché quelque 51 millions $ en revendant ses actions !




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