Sommes-nous vraiment libres ?

À l'époque du gouvernement Harper, les scientifiques de... (Infographie archives La Presse)

Agrandir

À l'époque du gouvernement Harper, les scientifiques de Pêches et Océans Canada ne pouvaient répondre aux demandes d'entrevue. C'est le service des communications du ministère qui recevait les demandes officielles.

Infographie archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Nous vivons dans un pays d'expression libre. Nous allons jusqu'à déployer des armées pour défendre ce droit fondamental dans des pays où les gens sont tenus au silence sous peine de représailles. Alors, dites-moi pourquoi avons-nous toujours l'impression qu'il faut garder le silence ? Pourquoi avoir si peur, ici au Québec, de dénoncer une situation, de couler une information d'intérêt public, de questionner ? Sommes-nous vraiment aussi libres qu'on aimerait le croire, ou est-ce tout simplement notre culture qui est ainsi faite ?

La réponse se décline en une multitude de raisons, pas nécessairement liées les unes aux autres, mais il demeure qu'en bout de ligne, rares sont ceux qui osent affirmer ce qu'ils pensent et surtout, ce dont ils sont témoins.  

Mercredi soir, Ken Pereira et Lino Zambito, devenus célèbres lors de la Commission Charbonneau, participaient à une conférence à Saguenay, sur invitation de la Ligue d'action civique, un groupe qui justement prône le devoir citoyen de parler, de dénoncer, de sonner l'alerte. 

Les deux hommes ne sont ni des saints ni des héros. À une époque, ils ont été des témoins silencieux. Or, ils ont fini par parler et aujourd'hui, ils prêchent tels des convertis. Certains diront qu'ils sont opportunistes, qu'ils n'avaient pas le choix. Peut-être. Mais leur message n'en est pas moins inspirant, dans une société qui souffre cruellement de transparence. 

Est-il acceptable, selon vous, que des policiers aient placé des journalistes sous écoute électronique pour connaître leurs sources ? Plus près de nous, à Saguenay, vous ne trouvez-vous pas que ça sonne faux lorsque le vérificateur général, François Gagnon, exige une enquête interne pour savoir qui a fourni des documents confidentiels au journal Le Quotidien, concernant les multiples lacunes dans la gestion des carburants ? La nouvelle a pourtant permis à la population de savoir ce qui se passe et a mis en lumière des défaillances majeures dans la direction du service responsable. Qu'est-ce qui compte vraiment : trouver la taupe et la punir, ou susciter une prise de conscience collective qui forcera les autorités à intervenir rapidement ? Car s'il souhaitait avoir un impact avec son rapport, le vérificateur n'aurait pu trouver meilleur stratagème que cette fuite d'information. La nouvelle a fait la Une, a été reprise par l'ensemble des médias, a été commentée à chaud par les élus, notamment par le maire Jean Tremblay qui a reconnu l'ampleur du problème. 

En plaidant le respect de sa fonction pour lancer une chasse aux sorcières, le vérificateur général décourage ceux et celles qui seraient tentés de fournir des informations importantes aux médias. La peur de se faire prendre, de perdre son emploi. 

L'histoire est pourtant remplie d'exemples où les sonneurs d'alerte ont pavé la voie au changement : Deep Throat a provoqué le Watergate ; Snowden a levé le voile sur un système de surveillance de masse aux États-Unis et en Grande-Bretagne ; l'ex-fonctionnaire fédérale Sylvie Therrien a dénoncé l'existence de quotas à l'assurance-emploi. Et il y en a bien d'autres, à petite comme à grande échelle. 

Combien d'entre vous se mordent les lèvres si fort qu'ils réussissent à museler leur propre conscience ? 

En 1766, l'écrivain français François-Marie Arouet, mieux connu sous le nom de Voltaire, y allait de cette réflexion : « Il est à propos que le peuple soit guidé et non pas qu'il soit instruit. » Deux siècles et demi plus tard, sommes-nous nostalgiques de cette époque où l'information pertinente ne devait appartenir qu'à une poignée de nobles ? 

Nous sommes pourtant en plein dans l'ère des communications, où la nouvelle circule d'une plateforme à l'autre à une vitesse quasi indécente. La frénésie planétaire qui entoure Facebook fait foi de ce désir collectif de se révéler aux autres dans toutes les facettes du quotidien. Dans un pays libre, pourquoi aurait-on peur, alors, de manifester son désaccord ? À moins que dans le fond, nous ne soyons pas aussi libres que l'on voudrait le croire.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer