Qu'on en finisse avec «J'ai l'doua»

Marc McDermott, un mécanicien de fortune qui a... (Image tirée de YouTube)

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Marc McDermott, un mécanicien de fortune qui a fait l'objet d'un reportage télévisé en 2011, dans la localité de Cantley, près de Gatineau, est devenu la risée de tout le Québec lorsque ledit reportage a refait surface sur YouTube, puis sur Facebook.

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ÉDITORIAL / À moins d'être complètement déconnecté des réseaux sociaux, il est pratiquement impossible de ne pas avoir vu le phénomène viral de l'heure, celui qui est à l'origine de la phrase « J'ai l'doua ». Marc McDermott, un mécanicien de fortune qui a fait l'objet d'un reportage télévisé en 2011, dans la localité de Cantley, près de Gatineau, est devenu la risée de tout le Québec lorsque ledit reportage a refait surface sur YouTube, puis sur Facebook. La réaction sur le Web a été si vive qu'en l'espace de quelques mois, des vêtements à son effigie ont été créés, un jeu de société a été commercialisé, et on ne compte plus les montages vidéos qui ont été produits autour du thème « J'ai l'doua ».

Le Québec a trouvé son souffre-douleur et s'en est donné à coeur joie, sans réfléchir aux conséquences de ce mouvement de masse. 

C'est un ami de Marc McDermott, Jocelyn Dumais, qui a invité la population à une prise de conscience dans un message Facebook qui a, lui aussi, enflammé la Toile cette semaine : « Marc aurait pu devenir un "Bum ou un criminel". À l'âge de 10 ans, il était sans foyer et couchait pratiquement dehors. Un ami qui l'employait lui laissait son bureau en haut de son garage pour qu'il puisse dormir en hiver. L'école, il n'a pas connu cela. » Puis, il a mis en perspective la vie de M. McDermott, un homme travaillant, qui refuse de dépendre de l'État pour se nourrir, mais surtout, un père qui élève seul sa fille de 12 ans, une adolescente « d'une politesse exemplaire », précise l'ami. 

On ne peut être insensible à un tel témoignage, pas plus qu'à celui que livre M. McDermott dans nos pages ce matin, à la faveur d'une entrevue accordée au journal Le Droit du Groupe Capitales Médias. Sous la plume du chroniqueur Denis Gratton, il demande que ça cesse. Comment la situation a-t-elle pu dégénérer à un point tel que le principal intéressé, qui n'a fait de mal à personne, doive supplier les internautes de lui foutre la paix ? Imaginez : des individus dépourvus de discernement poussent l'affront jusqu'à lui demander de poser dans un « selfie » ... Comment peut-on être aussi imbécile ? 

Même s'il n'a volé personne, Marc McDermott subit le jugement populaire de façon plus sévère et vicieuse que bien des gens qui ont sciemment floué le peuple alors qu'ils étaient en position d'autorité. Il est beaucoup plus simple de frapper sur un faible que de s'acharner sur quelqu'un qui bénéficie d'une tribune ou qui maîtrise l'art des recours judiciaires pour museler ses détracteurs. Le monde adulte a parfois bien des similitudes avec celui des cours d'école. Et avec l'avènement des réseaux sociaux, les dérapages comme celui-ci prennent une ampleur démesurée. 

Les personnes qui partagent tous azimuts les clips de Marc McDermott sur leur page Facebook, et encore plus celles qui tentent de faire de l'argent sur son dos, nourrissent une situation inacceptable et insoutenable. Pourtant, la presque totalité de ces personnes seraient les premières à se définir contre l'intimidation et le harcèlement. 

Sur les réseaux sociaux, les gens sont capables du meilleur comme du pire parce que souvent, ils ne prennent pas le temps de réfléchir entre deux clics, animés strictement par les mentions « J'aime » et les partages que suscitera leur message. 

Marc McDermott ne méritait pas un tel traitement, et la diffusion de ces images doit cesser sur-le-champ, comme la production de toutes les marchandises associées à son image sans son consentement.

Mais avant tout, il faut que cette histoire serve de leçon à une société qui, vraisemblablement, ne saisit pas encore l'ampleur des dommages que peut provoquer un simple statut sur Facebook.




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