La Vallée en défusion

Alexandre Taillefer... (Photothèque Le Soleil)

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Alexandre Taillefer

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ÉDITORIAL / Avez-vous eu un pincement au coeur en voyant l'homme d'affaires Alexandre Taillefer faire l'éloge d'une grappe industrielle dédiée à l'électrification des transports au Québec ? Il évoque l'urgence d'agir, les atouts dont nous disposons, le génie des Québécois... Il est un homme en mission, qui a su réunir toutes les forces vives de l'industrie autour d'une même cause et qui n'entend pas lâcher prise tant qu'il n'aura pas atteint son objectif. C'est exactement ce type de porteur de dossier qui a fait défaut au Saguenay-Lac-Saint-Jean, au début des années 2000, pour faire de la Vallée de l'aluminium autre chose qu'un simple concept.

Tous les outils étaient pourtant en place : cinq usines d'électrolyse, des infrastructures ferroviaires et portuaires, des centres de recherche, des avantages fiscaux enviables, une université, des chaires spécialisées sur le métal gris et quatre établissements collégiaux, des formations professionnelles, des entrepreneurs crédibles et des municipalités dynamiques, prêtes à tout pour accueillir des investisseurs étrangers. Que s'est-il passé pour que le train déraille ainsi et que la grappe de l'aluminium nous échappe au profit de la métropole et de ses banlieues ? 

Il serait facile de blâmer encore une fois la grande entreprise ou les gouvernements qui se sont succédé. Il serait également facile de pointer du doigt ceux et celles qui ont tenté de mener à bien ce projet collectif, mais qui ne jouissaient pas d'une réputation ou d'une influence comparable à celle d'Alexandre Taillefer.

Or, la vérité réside surtout dans cette incapacité qu'ont démontrée certains intervenants à dialoguer dans l'intérêt supérieur de la région, plutôt que pour protéger leur petite chasse gardée. Et cela ne concerne pas uniquement des organisations dont le mandat était de développer le créneau de la transformation, mais également des grands syndicats qui continuent de s'entredéchirer à la vue de tous, jusque sur le parvis de l'usine Grande-Baie, seule unité d'électrolyse encore non syndiquée.

Il faut parfois être capable d'introspection pour ne pas répéter les erreurs du passé. 

Alexandre Taillefer met à profit sa notoriété, comme le fait Pierre Lavoie pour promouvoir les saines habitudes de vie. Derrière ces personnes, tous donnent l'impression de marcher - ou rouler - dans la même direction. C'est la base même d'une stratégie efficace, quel que soit l'objectif : unis derrière un seul message. 

Dans le cas de la transformation de l'aluminium, Québec et Ottawa ont donné à la région le temps et les outils requis pour se réaliser pleinement, et hormis la filière des équipementiers et une poignée d'entreprises, la Vallée telle qu'imaginée ne s'est jamais concrétisée. 

Tous ont mis les efforts nécessaires, il n'y a pas lieu d'en douter, mais chacun a travaillé en silo, dans une logique individualiste. C'est ce qui se passe généralement dans un contexte d'abondance, où tous veulent une plus grande place sur l'échiquier. Et c'est aussi ce qui se passe quand il ne reste plus que des miettes et que tous luttent pour leur survie. On n'y échappe pas, c'est le propre de la nature humaine. 

Blâmer Rio Tinto, le gouvernement Couillard, voire le pape François, ne changera rien au fait que la région n'a pas su s'illustrer. Quel interlocuteur vedette prêterait sa voix à un groupe ulcéré par les différends stériles et les guerres de pouvoir ? 

Le pelletage de nuages a suffisamment duré. Pas plus tard que samedi dernier, dans ces pages, nous invitions les élus à une mobilisation qui n'implique que la région. Cette invitation à une prise en main autonome s'adresse aussi bien au monde des affaires et aux syndicats qui rêvent encore d'une grappe régionale. Car, en nourrissant les conflits dans notre propre cour, on oublie facilement la véritable menace qui vient de l'extérieur. Puis un jour, on lève la tête pour constater que la Vallée de l'aluminium n'est rien de plus qu'une structure en défusion.




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