S'organiser nous-même

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«L'abolition des Conférences régionales des élus (CRÉ) en 2015 a amputé le Royaume d'une cohésion chèrement acquise.»

Archives Le Progrès, Rocket Lavoie

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Marc Saint-Hilaire
Le Quotidien

ÉDITORIAL / Jamais, dans l'ère moderne, le Saguenay-Lac-Saint-Jean n'a été aussi éloigné des instances décisionnelles. Cette réalité est encore plus vraie pour les collectivités rurales qui doivent, aujourd'hui, ne compter que sur elles-mêmes pour sortir de leur torpeur. Une réflexion s'impose, mais celle-ci ne sera ni initiée par l'État ni le fruit d'une apparition divine. Elle devra surgir d'une volonté collective de se mobiliser et de se doter d'outils qui remplaceront ceux qui ont été supprimés par le gouvernement. L'heure est venue pour la région de se prendre en main, de manière autonome.

L'abolition des Conférences régionales des élus (CRÉ) en 2015 a amputé le Royaume d'une cohésion chèrement acquise. Depuis, une entité réunissant les quatre préfets de la région et un représentant de Saguenay a bien été enregistrée comme organisme sans but lucratif, mais celle-ci n'est en rien comparable à l'ancienne organisation, qui rassemblait non seulement les maires, mais aussi différents acteurs influents de la société civile ainsi qu'une équipe d'employés compétents. Ceux-ci avaient essentiellement pour mandat de fournir des arguments aux élus, afin qu'ils puissent aborder Québec avec une connaissance pointue des enjeux qui concernent la région.

De cette nouvelle Conférence des préfets est né un second palier de concertation, qui inclut les maires de six principales villes du territoire. Cette Table régionale des élus est très peu connue et, comme celle des préfets, ne bénéficie d'aucune aide gouvernementale sinon celle des MRC et de Saguenay. Pour certains besoins très spécifiques, on réussit parfois à déjouer le système en utilisant les MRC comme transit, comme pour l'embauche d'un ingénieur forestier, mais cela suffit à peine à justifier l'existence de ces coquilles vides.

Ce qui faisait du Saguenay-Lac-Saint-Jean un interlocuteur crédible et argumenté a été démantelé, et ce constat ne s'applique pas uniquement à la CRÉ ou des Centres locaux de développement (CLD). L'exemple des Centres intégrés de la santé est des services sociaux (CISSS) est une autre démonstration du caractère centralisateur de l'État, tel que le soulignaient plus tôt cette semaine Yvan Allaire et Michel Nadeau, de l'Institut sur la gouvernance.

Ceci dit, quelles sont les options qui s'offrent à nous ?

Présentement, le dialogue entre Québec et la région se fait en silo, et les affinités politiques, qu'on le veuille ou non, pèsent très lourd dans la balance. Seules les principales villes jouissent d'un (relatif) rapport de force et d'une fonction publique suffisamment outillée pour porter leurs dossiers de façon autonome. Les autres doivent souvent se tourner vers leur MRC, faute de ressources, pour faire entendre leurs préoccupations.  

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean ne peut attendre sans mot dire d'éventuels octrois gouvernementaux, comme ces personnes qui vivent dans l'espoir de gagner à la loterie.

Une structure impliquant les élus, mais aussi quelques-uns des principaux acteurs de développement de la région, doit être créée, indépendamment des subsides ministériels. Car, malgré toute leur bonne volonté, quelques préfets et une poignée d'élus municipaux, sans des ressources humaines compétentes pour les accompagner, ne feront jamais le poids face à l'appareil gouvernemental lorsqu'il sera question d'enjeux cruciaux.

Il faut bien comprendre que la volonté de Québec n'a jamais été d'affamer les régions ni de les réduire à l'état de pourvoiries. Mais, dans un monde où, partout sur la planète, on constate une migration des populations vers les grandes agglomérations urbaines, il est nécessaire de se regrouper pour inverser les tendances. Les structures comme l'UMQ ou la FQM veillent aux intérêts des municipalités du Québec, comme le font les grandes centrales syndicales pour leurs membres, mais comme le prescrit le vieux dicton : on n'est jamais si bien servi que par soi-même.




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