Du poison à petites doses

Gaétan Barrette... (Archives Le Quotidien)

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Gaétan Barrette

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ÉDITORIAL / Devant la grogne des médecins, celle des élus régionaux et des autorités locales du système de la santé et des services sociaux, le ministre Gaétan Barrette reste de marbre, retranché dans ses certitudes, et maintient sa position: les chirurgies de l'oesophage ne seront plus pratiquées au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Lorsque même ses plus fidèles subalternes, ceux qui ont défendu ses décisions et sa refonte du réseau, du moins publiquement, sollicitent une rencontre afin de le convaincre de faire marche arrière, il y a lieu de se questionner. Pour lui, ce ne sont qu'une dizaine d'opérations par année qui seront dorénavant exécutées à Québec ; pour la région par contre, c'est une autre gifle, qui alimente le sentiment de vivre dans un État centralisateur qui se soucie bien peu des territoires éloignés.

Mercredi, c'est par le biais d'un communiqué que la direction du CIUSSS a désavoué le grand patron de la Santé, en réitérant son objection au transfert des interventions liées au cancer de l'oesophage. Une telle démarche est aussi inusitée que lourde de sens. Elle témoigne d'une divergence d'opinions, certes, mais encore plus d'un mouvement d'opposition généralisé contre la mesure gouvernementale. 

Gaétan Barrette n'est pas homme qui plie l'échine devant l'adversité. En dépouillant les hôpitaux de ses directions locales, il s'est alloué un contrôle presque absolu sur le réseau québécois. En octobre 2014, devant le Cercle de presse du Saguenay, il avait pourtant promis qu'une fois la structure mise en place, la loi serait modifiée pour réduire l'influence du politique au sein du système, mais cet engagement ne s'est jamais concrétisé. Lors du même événement, il s'était également montré rassurant quant à la réforme : « C'est la forme la plus poussée de régionalisation qu'on n'aura jamais eue. L'orientation sera donnée, le financement lié à l'activité, et l'administration régionale aura la responsabilité de livrer la marchandise. » Dans ce cas-ci, la marchandise à livrer était d'endosser l'amputation de soins spécialisés à l'hôpital de Chicoutimi. Et le conseil d'administration du CIUSSS a dit non. 

Les intervenants régionaux auront du mal à faire fléchir le ministre Barrette, à le faire revenir sur sa décision. Par contre, l'histoire récente a démontré qu'en se mobilisant, il est possible d'influencer le premier ministre Philippe Couillard. C'est ce qui s'est produit à Dolbeau-Mistassini en 2015, alors que le maire Richard Hébert avait multiplié les sorties publiques pour obtenir la réfection du bloc opératoire de son hôpital. Un mois plus tard, Québec annonçait la modernisation des infrastructures dans le cadre d'un projet qui se mettra en branle en 2019. 

Avec l'hôpital de Chicoutimi et son éventail de spécialités, le Saguenay-Lac-Saint-Jean n'a rien à envier aux grands centres urbains. L'établissement régional est un joyau inestimable. Il est aussi une institution que tous entendent défendre dans son intégralité. Abolir les chirurgies de l'oesophage, c'est comme administrer à la région un poison à petites doses. Les conséquences ne seront ni instantanées ni catastrophiques à court terme, mais elles accéléreront néanmoins l'érosion de nos acquis. N'a-t-on pas suffisamment coupé dans le système de la santé et des services sociaux ? N'a-t-on pas suffisamment bousculé les paradigmes existants ? Le ministre dit ne pas adhérer aux arguments des médecins spécialistes, qui craignent qu'on impose un stress additionnel à des patients déjà gravement malades, de même qu'à leurs proches. Comment peut-on ignorer cette évidence ? Rien que sur le plan monétaire, il n'est pas donné à tous d'assumer des frais de déplacement et d'hébergement dans la capitale nationale. 

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean peine déjà à composer avec le phénomène de l'urbanisation, qu'on observe partout sur la planète. Face à cette tendance, il est impératif que les gouvernements bonifient l'offre de services dans les régions pour les rendre plus attractives. Au Québec, c'est malheureusement le contraire qui se produit.




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