Énergie et emplois

ÉDITORIAL / C'en est assez des moyennes historiques, la réalité est celle-ci:... (Archives Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

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Archives Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais

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ÉDITORIAL / C'en est assez des moyennes historiques, la réalité est celle-ci: Rio Tinto n'est plus un acheteur net d'énergie au Québec. La multinationale possède un potentiel hydroélectrique supérieur à ses besoins et, à moins d'investissements majeurs dans ses usines d'électrolyse ou de conditions climatiques exceptionnelles, les surplus se succéderont année après année. C'était 100 MW en 2015; c'est 126 MW en 2016. Devant ce constat, une réflexion s'impose quant à l'utilisation des ressources hydrauliques du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Le député Alexandre Cloutier n'a pas tort lorsqu'il rappelle qu'Alcan, devenue Rio Tinto, a été épargnée de la nationalisation, au début des années 60, afin de créer de l'emploi via la production d'aluminium. Il apparaissait socialement acceptable que chaque goutte d'eau turbinée par la compagnie soit transformée en lingot et, du coup, procure de l'emploi aux travailleurs québécois. Bien qu'elles aient été reconduites et modifiées dans le temps, les ententes entre l'entreprise privée et l'État ont toujours été articulées autour de cette même motivation; autour d'une volonté de voir l'une et l'autre des deux parties y trouver leur compte. Lorsque Rio Tinto encaisse plus de 25 millions de dollars d'Hydro-Québec pour ses surplus, il y a un déséquilibre.

La plupart des analystes s'accordent pour dire que le marché de l'aluminium, dans le monde actuel, n'est pas propice à l'expansion. L'industrie du métal primaire est pratiquement rayée de la carte aux États-Unis et les stocks chinois s'infiltrent partout, impunément, sans égard aux règles du marché. Au coeur de cette période de bouleversement, les usines québécoises ont toutefois été épargnées, mais les investissements promis reposent sur la glace. D'un point de vue corporatif, une augmentation de la production serait insensée.

D'un point de vue collectif, par contre, il n'est pas plus sensé de permettre à une compagnie de fabriquer de l'énergie ici et de la vendre au gouvernement, lequel n'a aucunement besoin des mégawatts de Rio Tinto. Cette hydroélectricité doit être transformée en lingots, sinon servir au développement économique du Québec. Mais comment? Peut-on en faire profiter d'autres usines ou d'autres industries? Il y a là un débat à faire.

Changement de ton

Les contrats en vigueur permettent à Rio Tinto de pelleter ses surplus dans la cour d'Hydro-Québec et ainsi générer des revenus. Légalement, il semble que rien ne peut contraindre l'entreprise à agir autrement. Par contre, l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche marque le début d'une nouvelle approche dans les relations entre gouvernements et entreprises privées.

Face à la menace d'une taxe à l'importation, les constructeurs automobiles GM, Fiat-Chrysler et Ford n'ont pas tardé à revoir leur stratégie de développement. Le géant du commerce électronique Amazon a également annoncé la création de 100 000 emplois aux États-Unis. Ces titans se sont pliés aux exigences de Washington sans broncher, car Washington ne leur a donné aucune autre option. Sans calquer les méthodes américaines, n'y aurait-il pas lieu de s'inspirer de ce changement de ton chez nos voisins du sud?

Les élus du Québec et du Canada ne jouissent certes pas des mêmes arguments de persuasion que ceux du président Trump. Néanmoins, l'accès à une énergie propre en quantité abondante demeure une denrée précieuse et un levier de négociation significatif, auquel s'ajoute un contexte sociopolitique fort avantageux pour les entreprises qui souhaitent s'épanouir en territoire nord-américain. Cette semaine par exemple, la minière ArcelorMittal a confirmé un investissement d'un demi-milliard sur la Côte-Nord en échange d'un rabais sur l'électricité. C'est ce genre de pacte qui doit être conclu, en ce moment, avec Rio Tinto.

Rio Tinto ne pourra enregistrer des surplus énergétiques de façon répétée et plaider le maintien de ses activités comme seule justification. Ses installations hydroélectriques du Saguenay-Lac-Saint-Jean, dont la puissance installée totalise près de 3000 MW, doivent servir, avant tout autre intérêt, au développement des localités québécoises.

Or présentement, l'équation ne tient plus, et cela suscite un malaise tout à fait légitime.

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