Confondre les prophètes de malheur

Les Serres Toundra... (Archives Le Quotidien, Gimmy Desbiens)

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Les Serres Toundra

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ÉDITORIAL / Il y a à peine quelques mois, le projet des Serres Toundra, à Saint-Félicien, était identifié tel un exemple de diversification économique et de prise en main du milieu, dans un secteur considérablement affligé sur le plan socioéconomique.

L'auréole du complexe serricole a toutefois pâli, au cours des dernières semaines. Les difficultés de recrutement de main-d'oeuvre, de même que les circonstances imprécises entourant la mise en place d'un syndicat local et l'élaboration d'une première convention collective ont davantage retenu l'attention médiatique que la production de concombres.

Il y a certes quelques grains de sable qui devront être retirés de l'engrenage pour apaiser les relations de travail, mais de là à lancer la serviette sur une entreprise qui vient d'amorcer ses opérations, il y a une frontière à ne pas franchir. Le projet des Serres Toundra possède encore et toujours les ingrédients nécessaires pour s'illustrer: une technologie avant-gardiste et efficace, des actionnaires solides et crédibles, une source abondante d'énergie ainsi qu'un client majeur pour écouler sa production. Saint-Félicien et les villages qui la ceinturent sont par ailleurs des endroits propices à la culture nordique, des secteurs qui se sont développés, notamment, grâce à l'industrie forestière et à l'agriculture. Tant le gouvernement du Québec que la multinationale Produits forestiers Résolu ont sauté à pieds joints dans la démarche, persuadés que celle-ci serait porteuse d'avenir pour la région. Les élus locaux, le maire Gilles Potvin en tête, ont eux aussi investi énormément d'efforts pour favoriser le déploiement de cette nouvelle industrie.

Malheureusement, comme c'est souvent le cas lorsqu'une entreprise frappe un écueil, plusieurs ont été prompts à annoncer l'échec des Serres Toundra et à remettre en question les méthodes de gestion privilégiées par la direction. Comme s'il fallait se réjouir de la situation et saliver à l'idée qu'une fois encore, le Saguenay-Lac-Saint-Jean n'a pas été en mesure de supporter un projet jusqu'à ce qu'il devienne source de fierté; comme s'il fallait à tout prix faire mentir le slogan selon lequel « Ici, c'est possible ».

La région doit déjà s'affranchir de nombreux spectres du passé. La syndicalisation de la défunte succursale Walmart de Jonquière, le conflit de travail à l'aluminerie Rio Tinto d'Alma, la désertion de Novelis vers les États-Unis, le lock-out des concessionnaires automobiles et l'arrêt forcé de l'usine d'extrusion Pexal Tecalum, pourtant construite entièrement à partir de fonds publics, ont donné mauvaise presse au Royaume. Et bien que ces événements malheureux soient chose du passé, ils demeurent des boulets à traîner pour ceux et celles qui tentent de vendre le Saguenay-Lac-Saint-Jean aux investisseurs étrangers. Avons-nous besoin d'un autre stigmate? Non. Le projet des Serres Toundra doit fonctionner coûte que coûte.

Dirigeants et travailleurs doivent se parler et résoudre leurs différends, comme cela se fait dans toutes les entreprises. Ont-ils besoin d'un intervenant externe pour les accompagner dans ces discussions? Il leur appartient de le déterminer. Par contre, une fois qu'ils auront éliminé les éléments de friction, qu'ils auront fait le point sur la façon dont a été implanté le syndicat local, qu'ils auront trouvé un terrain d'entente sur leurs attentes respectives, tous devront parler d'une même voix afin de raviver l'optimisme autour des Serres Toundra.

Nul n'a intérêt à voir la situation se dégrader, sinon les prophètes de malheur qui, avant même la récolte d'un premier concombre, prédisaient la faillite du projet.

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