On ne sait plus qui croire

ÉDITORIAL / Il est temps que le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs... (Archives Le Quotidien)

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ÉDITORIAL / Il est temps que le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs cesse de ménager la chèvre et le chou dans le dossier du caribou forestier. En parlant des deux côtés de la bouche, souhaitant plaire à la fois aux groupes environnementalistes et à l'industrie forestière, Québec ouvre grande la porte à une poignée d'interprétations et nourrit l'insécurité parmi les principales personnes concernées: les travailleurs qui dépendent de l'exploitation forestière. Faut-il rappeler qu'ils sont plus de 60 000 dans la province à attendre le dénouement de cette interminable saga?

Des documents obtenus par le journaliste Louis Tremblay, par le biais de la Loi d'accès à l'information, démontrent que plusieurs relevés, produits à la demande du ministère, n'auraient pas été considérés pour déterminer la population de cervidés au cours des dernières années. Ces rapports d'inventaire feraient non seulement la preuve que l'espèce n'est pas en danger, mais qu'elle serait même en forte croissance dans certaines zones aménagées.

Ce qui laisse perplexe, ce n'est pas tant que des documents aient été ignorés, mais plutôt que nul ne semble en mesure de déterminer avec précision la situation du caribou forestier au Québec. Bref, on ne sait plus qui croire.

C'est pour cette raison que le ministre Luc Blanchette doit intervenir. Ce dernier ne peut rester impassible devant le «spin» de l'une et l'autre des parties concernées. Il doit exiger un portrait clair et l'imposer comme référence, au risque de s'attirer les foudres de ceux pour qui la position ministérielle serait défavorable.

Toutes les plaidoiries ont été faites, mais il demeure une pièce manquante à ce casse-tête: la vérité. Il est anormal qu'en 2016, après tant d'années de débat et avec toutes les technologies dont nous disposons, nous soyons encore en quête de réponses dans ce dossier.

Et s'il s'avérait qu'en réalité, l'espèce ne soit aucunement menacée par l'exploitation forestière? Que la création de nouvelles aires protégées n'aurait autre impact que celui de resserrer les règles à une industrie qui, déjà, peine à garder la tête hors de l'eau?

Pour l'instant, tous mettent de l'avant leur propre hypothèse et, pour le commun des mortels, il est pratiquement impossible de se faire une idée claire et objective. Dans un article publié mardi, dans La Presse +, le directeur général de la Société pour la nature et les parcs (SNAP-Québec), Alain Branchaud, invite lui aussi le gouvernement à tenir compte de toutes les analyses disponibles afin de statuer sur le sujet. Selon les documents qu'il a en sa possession, il serait possible de réduire la possibilité d'exploitation forestière sans nuire à l'industrie puisque celle-ci n'utilise qu'une fraction des droits de coupe qui lui sont alloués.

Peut-être a-t-il raison, mais avant même de songer à amputer davantage le territoire de coupe, ne serait-il pas approprié de connaître la population de caribous au Québec et son évolution potentielle, dans le contexte actuel?

En 2012 et 2013, l'inventaire aérien du caribou forestier au nord du réservoir Manicouagan a nécessité un investissement de 9,02$ par kilomètre carré, en excluant le salaire du personnel. En admettant qu'il en coûterait de même pour une opération sur l'ensemble des zones viables pour le cervidé, on serait en mesure d'obtenir une image fidèle de la situation au Saguenay-Lac-Saint-Jean pour moins de 3 millions de dollars. Vu l'importance de ce dossier, un tel investissement est plus que souhaitable, ne serait-ce que pour comparer des données récentes à celles déjà répertoriées par le ministère.

Le ministre Blanchette invite les journalistes à être patients; il affirme qu'un portrait complet sera dévoilé sous peu, ajoutant que les informations véhiculées dans les médias ne sont pas valides. On veut bien le croire, mais alors qu'attend-il pour rendre publiques les informations qu'il qualifie «valides» ?

C'est le rôle d'un gouvernement de prendre acte d'une situation, de définir l'ampleur d'une problématique et de trancher une fois pour toutes. Il est temps de savoir si le premier ministre Philippe Couillard tiendra parole, lui qui a promis qu'aucun emploi ne disparaîtra en raison du caribou forestier.

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