Un joyau terni

Le recteur de l'UQAC, Martin Gauthier, a annoncé... (Archives Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

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Le recteur de l'UQAC, Martin Gauthier, a annoncé cette semaine qu'il annulait sa demande de renouvellement de mandat.

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ÉDITORIAL / Martin Gauthier n'avait autre choix que d'abandonner son siège de recteur de l'Université du Québec à Chicoutimi. Contesté dès le premier jour de son mandat, en 2012, il n'a pas été en mesure de s'allier le personnel de l'établissement ni de s'imposer tel un ambassadeur pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Surtout, il n'a pas su se révéler tel un leader sur l'espace public, ce qui l'aurait rendu pratiquement intouchable. Dans une proportion non négligeable, le personnel l'a ainsi rejeté, l'associant à l'ancienne garde. Ce fut ainsi du début jusqu'à la fin, et tout effort était peine perdue depuis belle lurette.

Le réseau de l'Université du Québec doit maintenant tourner la page sur le bref passage de Martin Gauthier, et amorcer un processus de sélection dont l'issue sera déterminante pour l'avenir de l'UQAC et pour la communauté universitaire qui la compose, dont la vocation est beaucoup plus vaste que la formation générale. Le campus doit rayonner au-delà de ses frontières physiques, par la recherche, certes, mais aussi par son implication dans les débats de société. Par son statut, le prochain recteur doit quant à lui être une source d'inspiration et incarner le savoir comme outil de développement social et économique.

En plus des frictions entre le rectorat et le personnel de l'UQAC, le mandat de Martin Gauthier a été parsemé d'embûches : le conflit étudiant de 2012, des compressions gouvernementales qui ont résulté d'une chute des revenus de 12 millions de dollars à l'UQAC, la baisse démographique. Pourquoi le recteur n'a-t-il pas profité des tribunes qui lui étaient offertes pour se distinguer, pour exprimer son opinion, pour dénoncer les réductions budgétaires, pour sonner l'alarme? Avait-il les coudées franches ou, comme dans bien des organisations aujourd'hui, était-il muselé par son réseau ?

Une chose est certaine, l'UQAC doit prendre davantage de place dans les débats et susciter les réflexions. Or, les interventions médiatiques n'étaient pas la tasse de thé du recteur Gauthier, si bien que le principal fait marquant de son règne demeurera, dans la mémoire collective, l'opposition à laquelle il a fait face. C'est un peu triste puisque, au cours des dernières années, le nombre d'inscriptions a augmenté, quelques programmes d'études ont vu le jour et un pavillon dédié aux Premières nations a ouvert ses portes.

Pour le réseau de l'Université du Québec, il est primordial d'identifier une personne rassembleuse, en mesure de réunir toutes les forces vives de l'UQAC autour d'un même projet. Dans cet esprit, il y a lieu de se demander si le choix d'un membre du personnel actuel serait une sage décision.

Il ne fait aucun doute que l'institution regorge de candidats de grande qualité, capables de s'acquitter des tâches qui reviennent à un recteur. Là n'est toutefois pas la question.

La contestation à l'égard de Martin Gauthier est un précédent fort inquiétant, et il faut s'assurer qu'un tel conflit ne se reproduise plus. À l'intérieur du corps professoral et de la présente direction, qui peut affirmer être entièrement détaché des événements? Qui peut représenter à la fois les alliés de Martin Gauthier et ceux qui réclamaient son départ, sans devenir la cible de l'un ou l'autre des deux camps?

En 1993, le réseau a accordé sa confiance à Bernard Angers, un économiste d'origine jonquiéroise qui évoluait, depuis trois décennies, dans les plus hautes sphères de la fonction publique québécoise. Le recteur Angers a légué un riche héritage à son établissement, mais également, il a laissé une trace indélébile sur sa région natale, notamment par l'ardeur avec laquelle il défendait le Royaume, envers et contre tous. Preuve de son implication, un pavillon porte son nom au Camp musical du Saguenay-Lac-Saint-Jean, à Métabetchouan-Lac-à-la-Croix.

C'est ce type de leader inspirant et visionnaire qui doit être mis en place, qu'il vienne d'ici ou d'ailleurs; une personne qui gérera les finances de l'UQAC, évidemment, mais qui saura aussi la propulser vers demain, en axant sur la recherche et le savoir, deux ingrédients essentiels à une société qui cherche à s'épanouir.

L'UQAC est un joyau inestimable pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Malheureusement, celui-ci ne brille que trop peu en ce moment.

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