La culture de l'intimidation

Le maire de Saguenay, Jean Tremblay... (Archives Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

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Le maire de Saguenay, Jean Tremblay

Archives Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais

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ÉDITORIAL / Encore une fois, le véritable débat est éclipsé dans le plus récent litige qui oppose le maire Jean Tremblay et la conseillère municipale Josée Néron. Certains crient au sexisme, d'autres réfèrent à la misogynie et cherchent à savoir si le premier magistrat a bel et bien utilisé les mots « grosse vache », mais personne ne profite de la situation pour mettre en relief un malaise qui règne à Saguenay depuis bientôt 20 ans : l'intimidation.

Les personnes qui ont été discréditées publiquement par Jean Tremblay au cours des deux dernières décennies ne se comptent plus sur les doigts d'une main. Des élus municipaux ont goûté à sa médecine, mais également des journalistes, des députés, des fonctionnaires et des citoyens qui n'adhéraient pas à ses politiques. Une réflexion s'impose bien au-delà de l'altercation téléphonique entre le maire Tremblay et la conseillère Néron : en quoi est-ce plus acceptable d'être qualifié d'ignare, de pas bon, de naïf, de cruche ou de langue sale? La réponse coule de source : l'intimidation n'a tout simplement pas sa place dans notre société, quelle que soit la forme qu'elle prend.

Car pour qui sait bien manipuler les mots, ceux-ci permettent d'enrober une vile allusion ou une pensée mesquine. Le maire de Saguenay a compris depuis belle lurette qu'en frappant le messager, il atténue l'importance du message. Il dirige ainsi l'attention médiatique directement sur sa réplique, une phrase qui captivera et qui fera sourire, au bout du compte, tant elle est invraisemblable. La plupart ont abdiqué après une ou deux foudres, jugeant que le jeu n'en valait pas la chandelle.

Il existe peu ou pas de comparables dans le monde municipal au Québec. Le maire Tremblay a un accès presque illimité à toutes les tribunes, des journaux aux radios, en passant par les magazines subventionnés par la Ville, les bulletins télévisuels, les médias sur le Web et les réseaux sociaux. Il dispose même d'un portail Internet qui lui permet de véhiculer ses messages sans filtre journalistique. Et s'il est une habileté qu'il a développée au fil du temps, c'est bien celle d'utiliser ces multiples plateformes à son avantage et surtout, selon ses humeurs étrangement variables.

L'intimidation semble être admise à l'hôtel de ville de Saguenay, sous le prétexte qu'elle fait partie intégrante du personnage. C'est sa couleur. Imaginez : il a même remporté un prix au 17e Gala des Olivier, en 2015, dans la catégorie Humoriste malgré lui... pour l'ensemble de son oeuvre. Ce prix était sarcastique, certes, mais il ne constitue pas moins une certaine forme d'acquiescement de ses paroles assassines. À une époque où l'intimidation est considérée telle une tare à éradiquer au Québec, les citoyens de Saguenay sont représentés par un homme qui attaque impunément, sur une base fréquemment personnelle, quiconque questionne ses agissements.

Nul ne saura jamais si Jean Tremblay a attribué à Josée Néron le quolibet de « grosse vache ». Il est vrai que d'ordinaire, il emploie des formules plus polies pour invectiver ses adversaires. Personne ne pourra nier, cependant, que l'intimidation est au coeur de son argumentaire et c'est ce qu'il faut retenir de cette autre saga qui place Saguenay, pour les mauvaises raisons, sous l'oeil médiatique du Québec. Ce fut la même histoire avec Djemila Benhabib, Sylvain Gaudreault, Stéphane Bédard, Jocelyne Girard-Bujold, les environnementalistes, les intellectuels, et combien d'autres?

Les attaques personnelles de Jean Tremblay ne passent plus dans la population, tel que l'ont démontré les sondages réalisés juste avant qu'il annonce son départ, en 2017. Pour son dernier tour de piste, il reste à souhaiter qu'il saura ajuster son discours en fonction d'une volonté populaire plus manifeste que jamais : la culture de l'intimidation n'a sa place nulle part, et surtout pas au sein d'une institution comme celle du conseil de ville de Saguenay.

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