Plus rien ne se décide ici

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La lettre de démission de Joan Simard a été déposée mardi soir au conseil d'administration.

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ÉDITORIAL / Il y avait un conflit de personnalités évident entre la vice-présidente démissionnaire du CIUSSS, Joan Simard, et la directrice générale de l'organisation, Martine Couture. Par contre, ce n'est pas ce qu'il faut retenir du départ de Mme Simard, après plus d'une décennie d'implication dans le système de la santé et des services sociaux. Le malaise est bien plus profond et ne concerne pas uniquement deux personnes, mais plutôt une région tout entière qui a été dépouillée d'un réseau de proximité, qui tenait compte des collectivités.

L'oeuvre du ministre Gaétan Barrette maintenant complétée, il est temps d'en définir la véritable valeur.

La centralisation des pouvoirs est aujourd'hui plus manifeste que jamais. Les déclarations de Joan Simard en témoignent: plus rien ne se décide ici, non seulement dans les établissements, mais également dans les quartiers généraux du Centre intégré universitaire de la santé et des services sociaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Tout relève du ministre, qui a choisi de régir l'ensemble des hôpitaux du Québec selon des règles homogènes, sans distinction pour les particularités de chaque établissement ou des collectivités où ceux-ci sont érigés.

Coquille vide

Est-il normal que Martine Couture n'ait plus de compte à rendre à son conseil d'administration, tant que ses décisions obtiennent la bénédiction du ministre Barrette? L'embauche de sa propre fille comme avocate au sein du contentieux du CIUSSS, sans avis préalable aux membres du c.a., démontre à quel point la structure est devenue insignifiante; une coquille vide dont le seul mandat est d'approuver les orientations ministérielles par résolutions. Joan Simard ne voulait plus faire partie de cette mascarade. Des réunions stériles, avec café et beignets, ne suffisaient plus pour assouvir sa volonté de servir la population. Elle souhaitait que son action soit utile et, à l'intérieur du cadre imposé par le gouvernement, cela était impossible.

Avant la réforme Barrette, les centres hospitaliers étaient administrés par des conseils locaux, composés de bénévoles du milieu. Les directions devaient respecter les budgets octroyés par l'Agence régionale de même que ses grandes orientations, certes, mais elles disposaient néanmoins d'une grande liberté d'intervention sur le terrain. Chaque hôpital était ainsi imprégné des couleurs de sa communauté. Les stratégies étaient élaborées en fonction de la population et les problèmes solutionnés à l'interne, dans la plupart des cas.

Il est faux de dire que dorénavant, les hôpitaux sont dirigés à partir de Saguenay, la ville centre de la région. En réalité, tout est contrôlé à partir de Québec et c'est surtout cet état de fait que dénonce Joan Simard. Les centres hospitaliers sont des satellites de prestation des soins sans direction locale et Chicoutimi, un poste de commandement vers lequel se tourne le ministre lorsqu'il a des ordres à donner. On prend acte, puis on exécute.

Les économies seront peut-être au rendez-vous. Mais, peut-on uniquement évaluer la performance d'une organisation à partir de ses états financiers? En matière de santé et de services sociaux, la réponse est non, du moins dans une région où le territoire est aussi vaste qu'ici.

La formule «One size fits all» du ministre Barrette vient de faire une nouvelle victime au conseil d'administration du CIUSSS. Il s'agit du sixième départ en moins d'un an! Que faut-il en déduire?

Une chose est certaine, nous sommes bien loin du principe de subsidiarité, qui favorise la prise de décisions publiques par les personnes qui devront les appliquer et les respecter.

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