Comment avoir confiance ?

Rina Zampieri... (Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Rina Zampieri

Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque

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ÉDITORIAL / À la lumière des révélations de Rina Zampieri sur ses derniers mois comme vérificatrice générale de Saguenay, il est difficile de ne pas éprouver un malaise quant au processus de sélection de son éventuel successeur.

Au Québec, ce sont les conseils de ville qui choisissent leur vérificateur général, cette même personne qui doit s'assurer que la gestion municipale est faite selon les règles de l'art, dans un contexte apolitique, objectif et indépendant. Ce sont les élus qui, dans une proportion de deux tiers des conseillers, approuvent le candidat qui leur est proposé et qui veillera, pendant sept ans, sur les intérêts des contribuables.

À Saguenay, le maire Jean Tremblay a mandaté son conseil exécutif afin que ce dernier identifie le candidat le plus apte à s'acquitter de cette tâche. Le choix final sera soumis au vote du conseil de ville en novembre et, le passé étant garant de l'avenir, la majorité des élus devraient appuyer sans mot dire la recommandation de l'exécutif.

Québec doit intervenir. Non seulement à Saguenay, mais sur l'ensemble du territoire québécois. Il faut mettre fin à ce mécanisme totalement incohérent.

Il faut en effet tirer une leçon du témoignage de Mme Zampieri et tout mettre en oeuvre pour protéger l'intégrité du poste de vérificateur général, dernier rempart d'une saine administration publique. En ce sens, la première chose à faire est de retirer aux politiciens le mandat de choisir qui campera ce rôle. Il faut que la personne choisie soit à l'abri de toute influence; que ses observations puissent être faites en toute liberté, hors des murs de l'hôtel de ville, dans un contexte où elle aura tous les pouvoirs nécessaires pour remplir son mandat premier: celui de vérifier.

Certains dirigeants de Saguenay auraient suggéré à Mme Zampieri de ne pas se pencher sur l'état du réseau routier et des actifs immobiliers appartenant à la ville. «Vous ne pouvez pas faire ça à M. le maire», lui aurait-on dit. Il n'y a pas lieu de douter de sa parole, comme lorsqu'elle soutient que son adjointe, Sylvie Jean, lui a été imposée par la direction générale de la ville. Même chose pour le rapport signé par Alain Girard, un document qu'elle dit avoir rédigé dans sa presque totalité.

On ne saurait rien de tout cela si elle avait écouté ces personnes qui lui soufflaient à l'oreille; si elle n'avait pas eu la force de se tenir debout et de demeurer fidèle à ses convictions; si elle avait décidé de ne pas prévenir les citoyens de la situation préoccupante de leurs routes et de leurs bâtisses; si elle n'avait pas écrit cette lettre à ses anciens confrères et consoeurs; si, finalement, sa missive ne s'était pas retrouvée entre les mains des médias.

Or, l'ex-vérificatrice est restée intraitable; elle s'est tenue debout; elle a prévenu les citoyens; elle a écrit ladite lettre; et son contenu a été diffusé intégralement dans les médias.

La conseillère municipale Julie Dufour s'est battue seule afin de dénoncer le mécanisme de sélection des vérificateurs généraux au Québec. Elle a fait de cette cause une mission, allant jusqu'à débourser, de sa propre poche dit-elle, plus de 26 000$ en frais juridiques. Encore aujourd'hui, elle affirme sur toutes les tribunes que la façon de faire à Saguenay, sans appel de candidatures, sans le recours à une entité indépendante du cadre politique, est tout à fait dénuée de sens. Son insistance a contribué au départ de Rina Zampieri, certes, mais la conseillère a tout de même ouvert une boîte de Pandore.

Le gouvernement doit donner au vérificateur général du Québec le mandat de nommer ceux et celles qui surveillent les municipalités de plus de 100 000 habitants. Ces derniers doivent être en mesure de scruter à leur aise l'ensemble des activités municipales, incluant celles des organisations qui bénéficient des fonds publics comme Promotion Saguenay ou Port Saguenay. Les vérificateurs généraux doivent pouvoir enquêter sur les caisses de retraite sans craindre les représailles d'anciens collègues. Bref, ils doivent être absolument indépendants.

La missive de Rina Zampieri est un épilogue troublant, qui met en lumière les failles du système actuel et les pressions auxquelles elle a été exposée.

Comment avoir confiance, maintenant qu'on sait comment ça se passe?

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