Le nerf de la guerre

Raymond Chrétien... (Photo archives La Presse, André Tremblay)

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Raymond Chrétien

Photo archives La Presse, André Tremblay

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ÉDITORIAL / Que faut-il attendre de Raymond Chrétien, le négociateur en chef mandaté par Québec pour faire reconnaître le caractère distinct du modèle forestier québécois dans le litige commercial qui s'annonce entre Ottawa et Washington?

Ambassadeur du Canada aux États-Unis de 1994 à 2000, M. Chrétien possède une expertise qui ne fait aucun doute et un réseau de contacts enviable, ayant oeuvré comme diplomate à l'époque où Bill Clinton était à la Maison-Blanche. Avec l'élection plus que probable d'Hillary Clinton, ses relations pourraient avoir une certaine incidence sur la perception des Américains à l'endroit du Québec, mais il ne faut tout de même pas s'attendre à un miracle.

Quoi qu'il fasse, il y aura un affrontement juridique dans ce dossier, et celui-ci se déroulera sur plusieurs années. Comme lors du dernier conflit, le Canada aura sans doute gain de cause devant les tribunaux, mais la coalition des industriels américains ne cèdera pas. Faut-il rappeler qu'au terme du dernier bras de fer, les compagnies canadiennes ont dû céder 1 milliard de dollars à leurs compétiteurs afin qu'ils acquiescent à un règlement?

Dans les prochains jours, voire les prochaines heures, les entreprises américaines enregistreront leur plainte. Puis, à la fin du mois de mars, une taxe de 20% à 25% sera imposée aux produits du bois qui franchiront la frontière canado-américaine. Le scénario est déjà rédigé, approuvé et imprimé.

Dans ces circonstances, la nomination de Raymond Chrétien peut-elle être qualifiée d'inutile? Non, bien au contraire.

M. Chrétien agira tel un acteur de soutien pendant les négociations, certes, mais il pourra néanmoins imposer sa présence en coulisses et s'acquitter de son mandat premier, qui est de veiller aux intérêts du Québec en intervenant auprès de toutes les parties prenantes. Aussi, à défaut de pouvoir convaincre les compagnies américaines de baisser pavillon, il pourra prévenir les émissaires canadiens de signer un accord qui ne tient pas compte des spécificités du modèle québécois. En termes clairs, le gouvernement de Philippe Couillard s'est payé un chien de garde, et c'est là une excellente décision.

Aide à l'industrie

Québec ne pourra toutefois pas limiter son action à cette seule embauche. On ne le dira jamais assez: l'industrie du sciage a été durement éprouvée depuis 1981, année à laquelle le différend entre le Canada et les États-Unis a pris naissance. Malgré les trêves, plusieurs entreprises ont été contraintes de négliger certaines étapes de modernisation au fil du temps.

Sans l'aide des gouvernements, les scieries les plus vulnérables ne pourront survivre à cet autre duel, prédisent les représentants de l'industrie. Ces derniers réclament, entre autres mesures, la mise en place d'un programme de garanties de prêts à taux avantageux. Aux grands maux, les grands remèdes.

Nous sommes à l'aube d'un conflit qui menace le Québec et, particulièrement, le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Quelque 5000 emplois directs sont en jeu rien que dans la région.

Aucune entreprise ne peut traverser, sans capital, une tempête comme celle qui se dessine. L'argent n'est-il pas le nerf de la guerre?

Depuis la reconduction de l'Accord du bois d'oeuvre, en 2006, les entreprises américaines attendent ce moment où ils pourront, une fois de plus, affaiblir leurs compétiteurs du nord.

Québec ne peut agir en simple observateur. Le gouvernement doit accorder des garanties de prêt à son industrie forestière et ainsi, lui donner une chance de montrer à ses rivaux de quel bois elle se chauffe.

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