Souveraineté, identité et René

Jean-François Lisée en compagnie de Lucien Bouchard... (Photo Caroline Grégoire, Le Soleil)

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Jean-François Lisée en compagnie de Lucien Bouchard

Photo Caroline Grégoire, Le Soleil

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ÉDITORIAL / Jean-François Lisée venait à peine de s'installer dans son fauteuil que déjà, l'un de ses prédécesseurs, Lucien Bouchard, lui servait un plat à saveur typiquement péquiste.

Lors d'une allocution prononcée dans le cadre d'un colloque sur René Lévesque, qui se déroulait au Musée national des beaux-arts du Québec, l'ex-premier ministre Bouchard a affirmé que le fondateur du parti se serait opposé à la Charte des valeurs et serait fort inquiété par l'actuel débat sur l'identité, rapportait Jean-Marc Salvet, du journal Le Soleil. Comme si le nouveau chef du Parti québécois avait besoin de ça en ce moment.

Évitant de jeter de l'huile sur le feu, Jean-François Lisée s'est dit «très à l'aise avec (les propos de son) ami Lucien», mais l'événement démontre néanmoins à quel point la tâche sera ardue pour le chef du PQ, qui doit, en plus de suivre les enseignements de Lévesque, rallier le plus rapidement possible ses troupes au sein d'une même Église, malgré les divergences sur l'accession à la souveraineté et celles entourant la laïcité. Tout ça sans compter les plaies engendrées par la campagne qui vient de se conclure.

Vendredi, Jean-François Lisée a amorcé le travail de réconciliation en attribuant des mandats à Alexandre Cloutier et à Martine Ouellet, à l'intérieur de son cabinet fantôme. Le premier a été reconduit en tant que critique de l'opposition officielle en matière d'éducation, de même que titulaire des affaires autochtones. La seconde, quant à elle, sera responsable de la culture et de l'économie numérique. Martine Ouellet agira par ailleurs comme porte-parole du PQ dans le dossier d'Uber.

Ces attributions de responsabilités témoignent d'une volonté de tourner la page sur la course à la chefferie, certes, mais le véritable test aura lieu lors du prochain congrès du PQ. C'est à ce moment que les propositions de Jean-François Lisée seront soumises aux militants et surtout, que le leadership du chef sera mis à l'épreuve. Déjà, il dit être ouvert à certains assouplissements en regard de sa position identitaire, lui qui prônait ouvertement un resserrement de l'immigration en fonction de la capacité d'accueil du Québec et l'interdiction aux employés de l'État qui ont un pouvoir de contrainte de porter des symboles religieux. Il souhaite aussi relancer le débat sur le port de la burqa.

En ce qui a trait à un éventuel référendum sur la souveraineté du Québec, le chef du PQ a exclu, de façon catégorique, la tenue d'un tel exercice pendant un premier mandat gouvernemental. Mettre ainsi sur la glace l'article 1 de la formation politique risque de hanter Jean-François Lisée, qui est déterminé à ne pas fléchir sur cette question. Ils sont certes nombreux parmi les membres du parti à ne pas souhaiter un référendum perdu d'avance, mais il s'en trouve toutefois plusieurs qui considèrent qu'un gouvernement péquiste a le devoir de promouvoir la souveraineté avant toutes autres choses, dont celle de diriger une province. On ne les appelle pas les purs et durs pour rien. Aussi peut-on croire que ce groupe sera tenté par les autres formations séparatistes qui, elles, font d'un référendum un engagement prioritaire.

Remodeler un parti, c'est un peu comme faire du neuf avec du vieux. Les compromis seront essentiels.

Le nouveau chef trouvera-t-il les arguments pour convaincre les militants de mettre en veilleuse la souveraineté, principale raison d'être du PQ? Ajoutera-t-il suffisamment d'eau dans son vin pour trouver un consensus sur la question identitaire? Saura-t-il rétablir les ponts avec ses adversaires à la chefferie, notamment avec Martine Ouellet qui demeure persuadée de la nécessité d'un référendum au cours d'un premier mandat péquiste?

D'ici le prochain congrès du PQ, chaque geste posé par Jean-François Lisée, de même que chacune de ses interventions le définira en tant que chef de parti et potentiel chef d'État. Un défi de taille, surtout s'il lui faut obtenir, chaque fois, la bénédiction du spectre de Lévesque.

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