Douce vengeance

L'ancien ministre péquiste Bernard Drainville.... (Photo Le Soleil, Patrice Laroche)

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L'ancien ministre péquiste Bernard Drainville.

Photo Le Soleil, Patrice Laroche

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ÉDITORIAL / Nul ne sait mieux poignarder un péquiste dans le dos qu'un autre péquiste.

Selon l'ancien député de Marie-Victorin, Bernard Drainville, Alexandre Cloutier affirme à qui veut l'entendre que s'il perd la course à la chefferie du Parti québécois, vendredi, il troquera son siège à l'Assemblée nationale pour la toge, lui qui est juriste de profession. Sans surprise, Cloutier a nié catégoriquement l'information, répétant qu'il se rallierait au choix des membres de son parti. Qu'aurait-il bien pu répondre d'autre ? Pouvait-il admettre qu'il entrevoit une défaite, en pleine période de vote ?

On peut difficilement associer les déclarations de Drainville à autre chose que de vieilles rancunes entre lui et Cloutier ; à un croc-en-jambe vicieux, ayant pour dessein de ralentir le candidat à la chefferie dans les derniers milles de sa campagne. Bernard Drainville ne s'en cache pas, d'ailleurs : il en veut toujours à son ancien collègue, parce que celui-ci s'est dissocié de la charte de la laïcité, au terme de l'élection générale de 2014.

Lors d'un récent passage à l'émission Deux hommes en or, sur les ondes de Télé-Québec, Bernard Drainville a été questionné sur ses sentiments à l'égard du député de Lac-Saint-Jean. Après six longues secondes de réflexion, il a répondu à l'animateur Patrick Lagacé : « Alexandre a été le premier, le lendemain de l'élection de 2014, à renier la charte de la laïcité. J'ai trouvé ça difficile ; j'ai trouvé ça dur. Parce que cette bataille-là, je l'avais menée pour l'équipe, pas juste pour moi, le ministre, mais pour tout le gouvernement. (...) Il a été le premier à se désolidariser et je n'ai pas oublié. » Bernard Drainville admet, au cours de la même entrevue, s'être senti abandonné, laissé « seul au bat ».

En avril 2015, Bernard Drainville avait également scié les jambes d'Alexandre Cloutier, sans avertir, en abandonnant la course à la chefferie pour appuyer Pierre Karl Péladeau. Il avait alors entraîné avec lui tous ceux qui lui avaient accordé leur confiance, notamment le député de Jonquière Sylvain Gaudreault. Pourtant, 24 heures plus tôt, devant la direction du journal Le Quotidien, il jurait avoir l'intention de livrer bataille jusqu'au bout.  

Ne dit-on pas que la vengeance est un plat qui se mange froid ?

Le tragique destin d'un chef

Vendredi soir, le Parti québécois aura un nouveau chef. Dans des conditions normales, les sympathisants de l'un et l'autre des candidats en lice se rallieraient en bloc derrière l'élu, puis amorceraient ensemble une quête pour former le prochain gouvernement du Québec. Or, nous n'avons pas assisté à une course « normale » cette fois-ci.

Rarement a-t-on vu, en effet, des charges aussi basses que celles qui ont été portées dans les dernières semaines au sein du PQ. On n'a qu'à penser à l'association faite par Jean-François Lisée entre Alexandre Cloutier et le prédicateur extrémiste Adil Charkaoui. Grand stratège politique s'il en est un, Lisée n'a pas craché ces mots sur un coup de tête, envahi par l'émotion. Il a tenté de déstabiliser son jeune rival, l'ébranler, pour donner une impulsion à sa propre campagne. Quelques jours plus tard, après une timide volte-face, sans excuse, la course reprenait, plus serrée que jamais. La stratégie a fonctionné.

Par contre, les frictions entre les meneurs, alimentées par les positions tranchées de leur consoeur Martine Ouellet, notamment sur la tenue rapide d'un référendum voué à l'échec, ont nourri le feu jusqu'à ce qu'il devienne un incendie incontrôlable. Comment peut-on espérer des lendemains harmonieux et solidaires ?

Le Parti québécois aura son chef, mais ce dernier aura l'immense tâche de s'allier les militants qui lui étaient défavorables et qui représentent, ni plus ni moins, près de la moitié des membres. Dans une formation où la tête d'un chef ne vaut guère plus que celle d'un entraineur de hockey, chaque erreur sera susceptible d'engendrer un coup de Jarnac provenant de l'intérieur ou pire, d'anciens députés devenus chroniqueurs.

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