Piqués au vif

Alain Gagnon, président du Syndicat des employés de... (Archives Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

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Alain Gagnon, président du Syndicat des employés de l'aluminium d'Arvida.

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ÉDITORIAL / Si Gervais Jacques souhaitait faire le plein d'alliés au Saguenay-Lac-Saint-Jean, le moins qu'on puisse dire est qu'il devra revoir son approche, car au lendemain de sa première tournée médiatique comme directeur exécutif des opérations pour la région de l'Atlantique, c'est plutôt un vent de colère qu'il a semé et qui souffle maintenant sur l'étendard de Rio Tinto.

Mercredi, le nouveau dirigeant de la division Aluminium a multiplié les entrevues éclair dans l'un et l'autre des principaux médias de la région, défilant ses lignes de communication à travers quelques métaphores. Essentiellement, il faut retenir de son discours que le marché de l'or gris est saturé, qu'il est impossible pour Rio Tinto de garantir des investissements dans un horizon de trois ans, et que le Saguenay-Lac-Saint-Jean doit se compter privilégié d'avoir été épargné des coupes qui ont frappé l'industrie sur le territoire nord-américain.

C'est par contre son appel à une plus grande solidarité du milieu qui a soulevé les passions, ainsi que bien des questionnements. S'adresse-t-il aux travailleurs? À la population? Aux élus locaux? Aux gouvernements? Aux médias?

«Ça ne suffit pas d'être très bon; on veut une médaille d'or olympique», a répété Gervais Jacques, sans jamais préciser la marche à suivre pour atteindre cet objectif.

Visiblement, les lacs et les rivières du Saguenay-Lac-Saint-Jean ne suffisent plus pour étancher la soif du géant anglo-australien. Il en est de même pour les nouvelles ententes d'approvisionnement hydroélectrique dont le tarif est dorénavant modulé en fonction du prix de l'aluminium sur les marchés; de même pour les pactes conclus avec l'ensemble de ses travailleurs syndiqués et avec les retraités de l'entreprise concernant leur fonds de pension; de même pour l'appui officiel de Saguenay au projet d'expansion du site d'entreposage des résidus de bauxite; de même enfin pour la collaboration des PME et fournisseurs de services qui se plient aux nouvelles façons de faire de la compagnie sans broncher, du moins sur la place publique.

Les propos de Gervais Jacques ont piqué au vif plusieurs observateurs au cours des derniers jours. Même le Syndicat national des employés de l'aluminium d'Arvida, qui depuis des années préconise un dialogue constructif avec la direction, a exprimé son indignation par l'entremise de son président, Alain Gagnon. Ce dernier exige de la compagnie qu'elle s'engage à réaliser les phases 2 et 3 du projet AP60 au Complexe Jonquière avant la fermeture des salles de cuves de technologie précuites, prévue en 2020. L'ancienne usine d'Arvida, insiste-t-il, aura du mal à produire au-delà de cette date en raison de sa désuétude. C'est dans cet esprit qu'il a rencontré le premier ministre Philippe Couillard, jeudi, pour lui demander de rejeter toute demande de la compagnie quant à une prolongation du décret environnemental. Le pari d'Alain Gagnon risque d'être lourd de conséquences puisque l'interruption définitive des cuves précuites signifierait une perte nette de 400 emplois syndiqués, en plus de nombreux autres qui sont octroyés à la sous-traitance. À moins, bien sûr, que le projet AP60 soit complété d'ici là.

Gervais Jacques dit vrai lorsqu'il soutient que l'industrie de l'aluminium est en crise et que la demande ne justifie pas une augmentation de production en ce moment, tant au Québec que partout sur la planète. Aucune solution concrète n'a été identifiée pour résoudre le problème de l'exportation chinoise, sinon espérer que, massivement, les grands manufacturiers intègrent davantage d'aluminium «vert» dans leur production.

La région n'attendait pas une pelletée de terre du nouveau directeur exécutif, mais seulement une volonté ferme de terminer ce qui a été entrepris en 2006, lorsque Richard Evans a décrété le Saguenay-Lac-Saint-Jean comme la plateforme technologique mondiale de l'aluminium.

Malheureusement, on se souviendra de l'entrée en scène de Gervais Jacques comme la fois où la région a été comparée à un athlète encore bien loin d'un podium olympique.

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