Une conciliation difficile

Gervais Jacques, directeur exécutif des opérations du groupe... (Photo Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

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Gervais Jacques, directeur exécutif des opérations du groupe aluminium pour l'Atlantique.

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ÉDITORIAL / Plus la direction de Rio Tinto répète son message sur la situation de l'aluminium dans le monde, plus le coeur des Saguenéens et des Jeannois saigne!

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean y a mis sa sueur et son sang, son génie, ses rivières et son grand lac, contre prospérité, bien sûr, mais la séquence d'ADN s'est brisée au cours des dernières années. Autrement dit, le Saguenay-Lac-Saint-Jean n'a plus de traitement particulier dans l'univers de Rio Tinto, qui souhaite, plutôt, amener les Saguenéens et les Jeannois à sa réalité: le marché mondial de l'aluminium est en folie et les Chinois sont à la source de beaucoup de perturbations. Entre autres constats, dans un capitalisme d'État, ils peuvent construire des usines à trois millions$ la tonne produite alors qu'en Occident le coût double!

Mardi, le directeur exécutif, opération Atlantique, Gervais Jacques, en entrevue éditoriale au Quotidien, a, une de fois de plus, été clair pour une région qui prie depuis 10 ans pour voir l'expansion d'Alma et d'Arvida se concrétiser: le monde n'a pas besoin d'une once de plus d'aluminium en ce moment. Bien plus, les États-Unis ont fermé cinq usines au cours des dernières années, ce qui inquiète les politiciens américains qui remettent en question les traités commerciaux de libre-échange.

Mieux que ses concurrents

Et 85 pour cent de la production canadienne de Rio Tinto prend la route des États-Unis, martèle Gervais Jacques, qui débite les arguments pour convaincre la région que l'aluminium «est en crise». C'est là qu'il veut emmener la région; sur la réalité du marché. D'ailleurs, il cite abondamment les derniers rapports financiers de BHP Billiton et d'Anglo American. Le premier a annoncé des pertes de 6,4 milliards de revenus mardi, alors que le second a mis à pied 85 000 travailleurs à travers le monde.

Gervais Jacques est bien conscient que Rio Tinto met une pression sur le Saguenay-Lac-Saint-Jean et qu'en échange, il n'y a rien sur la table. Il parle d'assurer la robustesse, la rentabilité, le développement et l'avenir de l'entreprise. Dans ses mots, il préfère être dans la position de Rio Tinto que dans celle de BPH Billiton et d'Anglo American. Et il ne se cache pas pour dire que c'est dans l'intérêt de la région également.

La région a toujours été accueillante pour l'aluminerie, peu importe sa propriété, mais là, Rio Tinto sollicite un appui senti, comme jamais auparavant. Que signifie cet appui? Qu'a-t-il au bout?

Annonce-t-il d'autres concessions? Il n'y a pas d'investissement à l'horizon, même si la technologie AP60 est prête pour une nouvelle phase à Arvida. La seule lueur qui apparaît dans son discours: la région n'est pas à la traîne par rapport au projet d'Alouette, à Sept-Îles.

Point de rencontre!

La région n'arrive pas à concilier cette demande d'appui avec ce qu'elle vit. La gestion «domestique» apporte son lot d'affrontements: la gestion des berges, l'agrandissement du site de boues rouges, les coupes de personnel dans la région et au siège social, le centre de recherche perd du terrain, la tentative d'allongement de la période de paiement des fournisseurs, etc. Même l'élite régionale en perd son latin.

Rio Tinto affirme ne pas sentir l'appui qu'elle pourrait avoir de la région et la région sent, de son bord, qu'elle n'en a pas pour son argent. Voilà ce qui est difficile à attacher dans la tête et le coeur des régionaux.

Un questionnement, faut bien le dire, qui ne doit pas causer de spasme à Londres, mais en revanche, les revendications semblent agacer. Tout ce qui se dit et tout ce qui se fait dans la région trouvent écho à Londres.

Même dans cette crise historique, autant la région doit tenir compte des aléas et vicissitudes du marché de l'aluminium, autant Rio Tinto, si grosse, si puissante et si préoccupée soit-elle, doit comprendre l'état d'âme des Saguenéens et des Jeannois. Aucun des deux ne veut avoir l'impression de se faire botter le derrière!

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