Plus sobre, moins snob

Le Manoir du Saguenay... (Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Le Manoir du Saguenay

Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque

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ÉDITORIAL / Bien qu'elle ait décidé de mettre fin à une association vieille de trois décennies avec l'Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, il serait fort peu probable que Rio Tinto réduise ses budgets en matière de subventions et de stratégies promotionnelles. Au contraire, le logo de la compagnie devrait être plus présent que jamais sur le territoire régional ainsi qu'à l'échelle du Québec.

L'abandon du Quatuor Alcan comme vitrine culturelle revêt certes un caractère particulier dans le contexte actuel, alors que le géant de l'aluminium n'a jamais semblé si détaché de ses racines. 

Aussi est-il tout à fait normal que certains se soient insurgés à la lecture de la nouvelle, lundi, car celle-ci ébranle une institution qu'on croyait intouchable. Il ne faudrait toutefois pas céder à l'émotion et interpréter cette décision tel un autre signe du désengagement de Rio Tinto envers la région. Il n'y a aucun parallèle à faire avec, par exemple, l'abolition du poste de chef des opérations qu'occupait Étienne Jacques jusqu'à récemment. Ça, c'est inquiétant. 

Dans le cas du Quatuor Alcan, il s'agit d'un changement de cap stratégique. La compagnie se distance du monde culturel et du mécénat pour investir davantage dans d'autres créneaux tout aussi valables, notamment l'éducation, la santé, l'environnement, l'industrie récréotouristique et l'aide aux Premières Nations. Chacun de ces secteurs d'intervention, estime-t-on, génèrera plus de retombées pour la société anglo-australienne. On peut difficilement être en désaccord. 

Il demeure que, d'un point de vue strictement historique, la fin du partenariat entre Rio Tinto et l'Orchestre symphonique reconfirme la fin d'une époque et l'avènement d'une nouvelle mentalité. Alcan avait habitué la région à un traitement privilégié, où la culture et l'architecture nourrissaient l'image que l'entreprise souhaitait projeter. Le Quatuor Alcan, comme le Manoir du Saguenay ou l'édifice Britany Row, cadrait parfaitement dans cette gestion à saveur aristocratique. 

Le violoncelliste David Ellis, du Quatuor Alcan, frappe dans le mille lorsqu'il mentionne que la compagnie n'est plus la même qu'à l'époque. En fait, elle s'est normalisée à l'image de toutes les autres divisions du groupe Rio Tinto : plus sobre, moins snob. L'évolution, affirmait la responsable des relations publiques de la compagnie, Xuân-Lan Vu.

Alcoa, la Québécoise

La semaine dernière, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, révélait que la compagnie Alcoa envisage sérieusement de déménager son siège social au Québec. Cette dernière avait tenté, en 2006, d'acquérir Alcan dans le cadre d'une offre publique d'achat, mais sa démarche avait avorté. 

On ne saura jamais comment aurait évolué Alcan au sein d'Alcoa, mais on devine que l'implantation de cette grande rivale américaine au Québec aura des conséquences importantes sur les relations gouvernementales. Jusqu'à maintenant, Rio Tinto jouissait d'une position exclusive au Québec. Avec sa division aluminium dirigée à partir de Montréal, elle disposait d'un argument de taille lors de ses négociations avec Québec. En sera-t-il de même lorsqu'Alcoa sera « plus québécoise » que l'ancienne Alcan ? Aura-t-elle accès, elle aussi, à des droits d'exploitation hydroélectrique ? 

Le scénario avancé par François Legault prévoit également des investissements d'un milliard de dollars au Québec. En cette période où le projet AP60 tarde à se matérialiser au Complexe Jonquière, une telle annonce raviverait sans doute la critique envers Rio Tinto. 

L'avenir nous dira si les rumeurs lancées par Legault étaient fondées, mais d'ici là, on imagine bien mal Rio Tinto imposer des compressions dans ses budgets de commandites au Québec. L'heure est plutôt à inonder le territoire d'étendards à l'effigie du géant minier. 

Si vis pacem, para bellum.

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