La mariée est en fuite

L'usine AP 60 du Complexe Jonquière.... (Archives Le Quotidien)

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L'usine AP 60 du Complexe Jonquière.

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ÉDITORIAL / On a beau remuer les pièces du casse-tête dans tous les sens, l'image finale demeure la même : le Saguenay-Lac-Saint-Jean et toutes ses installations d'électrolyse, aujourd'hui regroupées en une seule entité, ne représentent plus qu'une usine parmi tant d'autres dans le portfolio de Rio Tinto. 

Identifiée en 2006 telle la vitrine technologique mondiale de l'aluminium, la région ne jouit plus d'un statut particulier vis-à-vis la concurrence mondiale. Même au Québec, l'influence du Manoir du Saguenay semble être réduite à une peau de chagrin.

Les signaux sont de plus en plus fréquents et de moins en moins subtils. Le plus récent est tombé la semaine dernière, alors qu'Aluminerie Alouette de Sept-Îles a dévoilé sa 3e phase d'expansion, désormais évaluée à entre 2 et 3 milliards de dollars, selon ce que nous apprenait Le Soleil sous la plume de la journaliste Fanny Lévesque.

Ce n'est pas tant l'investissement projeté qui est inquiétant pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, mais plutôt la technologie que souhaitent acquérir les dirigeants de l'usine de Sept-Îles. Dans l'étude de préfaisabilité qu'ils ont présentée aux actionnaires de l'entreprise, dont Rio Tinto qui détient 40 % des parts, ils suggèrent l'implantation de quelque 240 cuves de type AP60, pour une augmentation de la production annuelle de 400 000 tonnes d'aluminium. À terme, l'aluminerie de la Côte-Nord produira à elle seule plus d'un million de tonnes.

Le scénario le plus optimiste prévoit que les travaux seront déclenchés aussi tôt qu'en 2017.

Si le projet d'expansion se concrétise selon cet échéancier, ce sera tout un pied de nez pour le Complexe Jonquière qui, une décennie après l'annonce du projet AP60, ne compte que 38 cuves de technologie AP60, pour une production d'à peine 60 000 tonnes. Comment Rio Tinto pourrait-elle endosser l'agrandissement de Sept-Îles et, d'un même souffle, repousser encore les phases 2 et 3 du Complexe Jonquière ?

En 2014, le gouvernement Couillard a accordé à Rio Tinto une prolongation pour l'exploitation de ses cuves précuites à Arvida jusqu'en 2020. La démarche avait pour objectif de permettre à l'entreprise de composer avec la faiblesse du marché tout en maintenant les emplois rattachés à l'ancienne usine. Ce délai était nécessaire dans les circonstances, mais il ne doit pas devenir un frein au développement du Complexe Jonquière. L'urgence de moderniser les installations saguenéennes demeure une priorité absolue. Il en est de même pour la deuxième phase de l'Usine Alma. Aussi l'élite politique québécoise serait-elle avisée de rappeler à la direction de Rio Tinto qu'elle a des engagements à respecter, en contrepartie aux nombreux avantages qui lui ont été consentis au Saguenay-Lac-Saint-Jean, notamment ses précieux droits d'exploitation hydroélectrique.

Au cours des dernières années, plusieurs nominations ont affaibli la région au sein de l'organigramme de Rio Tinto. Il y a d'abord eu le départ de Jacinthe Côté, remplacée par l'Espagnol Alfredo Barrios. Puis, on a confirmé le Français Arnaud Soirat comme successeur de Jean Simon, reconnu comme un ardent défenseur du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

La récente promotion d'Étienne Jacques comme vice-président responsable de l'environnement, de la santé et de la sécurité s'inscrit dans la même lignée. En tant que chef des opérations de la division Métal primaire pour l'Europe et l'Amérique du Nord, M. Jacques était ferme, souvent intraitable, mais a toujours démontré un attachement sincère à la région. La compagnie n'aurait pu identifier un porte-étendard plus crédible lorsqu'elle a invité le Saguenay-Lac-Saint-Jean à un nouveau dialogue, en marge du Sommet économique de juin 2015.

C'est désormais à son frère, Gervais Jacques, que revient la mission de rétablir les ponts entre le Royaume et son plus important citoyen corporatif. Nul doute qu'il sera en mesure de s'acquitter de ce mandat si le conseil d'administration de la compagnie lui donne les cartes pour y arriver. Or, ce n'est certainement pas en menaçant de « taxer » les propriétaires riverains du lac Saint-Jean qu'on lui facilitera la tâche.

Une union peut difficilement être célébrée lorsque la mariée est en fuite.

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