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Les maires du Lac-Saint-Jean ont raison de s'opposer à la réforme Optilab. Pas... (Archives Digital Vision/Thinkstock)

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Les maires du Lac-Saint-Jean ont raison de s'opposer à la réforme Optilab. Pas seulement pour les quelques emplois qui seront abolis dans le processus, ni pour les différentes répercussions économiques anticipées à court terme.

Ce serait fausser le débat de prétendre que leur action vise l'affaiblissement de l'hôpital régional de Chicoutimi, consacré dans son rôle de leader depuis belle lurette. Le combat qu'ils mènent présentement va bien au-delà des vieilles rivalités entre le Lac et le Saguenay. Le véritable enjeu, en ce moment, est de s'assurer que les hôpitaux jeannois ne deviennent pas des établissements de seconde zone, incapables de développer des spécialités dans l'avenir.

D'un point de vue strictement administratif, le projet du ministère tient la route : onze laboratoires répartis aux quatre coins du Québec effectueront dorénavant quelque 70 % des analyses du réseau.

Par contre, sinon ceux et celles qui en sont les architectes, peu de gens sont en mesure de prédire les répercussions qui découleront de cette reconfiguration. Aussi serait-il sage de bien peser le pour et le contre avant d'appliquer un modèle élaboré depuis 2012, sur des bases théoriques, en fonction d'autres régions du Québec dont les grands centres urbains, qui n'ont pas nécessairement les mêmes réalités territoriales que celles du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Il est important de rappeler que dans ce dossier, les élus jeannois ne sont pas les seuls à craindre le pire. Leurs pairs de la Côte-Nord ainsi que différentes instances syndicales de cette région s'opposent également à la centralisation des analyses d'échantillons à Chicoutimi. Entre autres arguments, ces derniers plaident qu'il est illogique de faire parcourir aux échantillons des distances de plus de 500 kilomètres, ce qui sera le cas pour ceux prélevés à Sept-Îles. Comme ici, ils anticipent également un effet répulsif pour les médecins spécialistes qui, naturellement, préfèrent avoir un accès direct aux laboratoires.

Le milieu et les risques

Année après année, les fondations d'hôpitaux ont par ailleurs investi d'importantes sommes pour se doter d'équipements à la fine pointe de la technologie dans le but d'offrir des services de pointe à leur clientèle. Le projet Optilab va à contresens de ces efforts déployés par le milieu, à coups de campagnes de financement. Bien qu'il ne soit pas au coeur de l'argumentaire, cet aspect d'attachement ne peut être négligé. On doit reconnaître - et respecter - l'implication de ces collectivités pour obtenir des services qui vont au-delà de ceux prodigués à l'unité d'urgence.

Le risque accru que certains échantillons soient égarés lors de leur transit vers Chicoutimi doit aussi être pris en compte. Aucun patient ne souhaite attendre les résultats d'une biopsie, et encore moins devoir reprendre ledit examen parce que les prélèvements ne se sont pas rendus à bon port.

Il serait très surprenant que le front commun des MRC du Lac-Saint-Jean fasse dérailler Optilab, une politique endossée sans réserve par le premier ministre Philippe Couillard et son émissaire de la Santé, Gaétan Barrette. Les libéraux ne cèderont pas non plus aux remontrances des syndicats et de l'opposition.

La pression exercée sur le gouvernement pourrait toutefois mener à une révision ; à une certaine modulation en fonction des régions, des distances, des ressources humaines en place et du potentiel de chaque hôpital concerné.

Le gouvernement Couillard a imposé des compressions budgétaires majeures au système de la santé et des services sociaux. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, les coupes atteignent 15 millions de dollars cette année. Prétendre que la qualité des soins aux usagers demeurera intacte relève de l'utopie, quoi qu'en disent les administrateurs du réseau. Aussi faut-il s'assurer que, dans un tel contexte, l'implantation d'Optilab ne connaisse pas de ratés. Le ministre Gaétan Barrette aura beau dire que le projet a pris naissance alors que le Parti québécois était au pouvoir, il demeurera toujours imputable de sa concrétisation. C'est aussi ça, avoir les deux mains sur le volant.

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