Un grain de sable dans l'engrenage

Simon Simard, 27 ans, s'était barricadé dans son... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie)

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Simon Simard, 27 ans, s'était barricadé dans son appartement peu après 20h, vendredi, après avoir commis un vol de médicaments dans une pharmacie de Jonquière. Armé d'une bonbonne et d'un détonateur, l'individu menaçait de «se faire exploser».

Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

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ÉDITORIAL / La mort de Simon Simard ne doit pas susciter un débat sur l'intervention des policiers dans pareille situation, mais plutôt une réflexion quant à la volonté ministérielle de s'attaquer aux problèmes de santé mentale.

Dans les années 1960, le Québec a emprunté la voie de la désinstitutionnalisation afin de rétablir l'équilibre entre la dignité des personnes atteintes de troubles mentaux et la sécurité de la population. Près de six décennies se sont écoulées depuis le début de cette démarche.

Graduellement, la réinsertion des patients dans la communauté est devenue l'objectif premier des thérapeutes si bien que, dès que leur état est jugé stable, les malades sont retournés au sein de la population, pratiquement abandonnés à eux-mêmes et dépourvus d'un encadrement soutenu pour affronter le monde. Dans un tel contexte, faut-il se surprendre de voir certains de ces rescapés du système s'automédicamenter aux stupéfiants ou à l'alcool?

Simon Simard n'était pas un criminel notoire, a affirmé son avocat, Me Julien Boulianne, dans les heures qui ont suivi le décès du jeune homme. Le juriste a néanmoins refusé de lancer la pierre aux policiers qui ont abattu son ancien client. Le fond du problème ne réside pas, en effet, dans le dénouement tragique de cet événement. On ne peut d'aucune façon reprocher aux agents d'avoir fait feu sur un suspect intoxiqué, armé de ce qui semblait être un engin explosif, au terme d'un siège qui a duré 16 heures. Ils avaient le devoir de neutraliser la menace, et c'est ce qu'ils ont fait.

La véritable question est celle-ci : cet individu en détresse psychologique et souffrant d'une dépendance aux stupéfiants aurait-il dû recevoir un meilleur accompagnement de la part de notre système de santé?

La désinstitutionnalisation a fait chuter de 80 % le nombre de patients en hôpitaux psychiatriques, selon l'Institut universitaire en santé mentale Douglas de Montréal. Parallèlement, les centres carcéraux ont enregistré une forte croissance du nombre de détenus souffrant de troubles psychologiques ou psychiatriques. Le système judiciaire a remplacé, dans divers aspects, celui de la santé et des services sociaux. La pression est devenue si forte dans les salles de cour qu'à Montréal, notamment, on a mis en place des tribunaux dédiés exclusivement aux accusés souffrant de troubles mentaux. Or, il serait surprenant qu'une telle structure soit implantée dans les palais de justice régionaux. Et pourtant.

Le retour des asiles n'est certainement pas souhaitable dans une société de droits et liberté, mais les mesures vengeresses d'aujourd'hui ne sont pas plus appropriées lorsqu'il est question de remettre sur pied un individu en proie à des troubles mentaux. Une dame du Lac-Saint-Jean purge présentement une peine d'incarcération parce qu'elle ne cessait de composer le 9-1-1, dans le seul espoir de parler à quelqu'un. Un établissement spécialisé ne serait-il pas plus propice dans un cas comme celui-ci?

Outre les unités en milieu hospitalier, il existe différentes ressources d'aide sur le territoire régional, mais les places sont limitées et leur financement est clairement insuffisant. Ces maisons sont, pour la plupart, soutenues à bout de bras par des organismes communautaires. La rareté d'endroits destinés uniquement aux hommes est également une problématique criante, tel que le mentionnait la directrice générale du Travail de rue d'Alma, Véronique Frigon, dans notre édition de mardi.

Simon Simard était un grain de sable dans l'engrenage; un grain de sable comme le sont beaucoup d'autres, dans une collectivité qu'ils ne peuvent intégrer sans un accompagnement soutenu.

L'État ne peut fermer les yeux et traiter ce dossier tel un drame isolé ou un simple fait divers. Les lacunes du système sont indéniables, et ce n'est certes pas en coupant dans les budgets que la situation se rétablira.

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