Une refonte qui doit tenir compte de l'humain

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ÉDITORIAL / Les administrateurs du CIUSSS se donnent trois mois pour revoir l'offre des services spirituels dans les établissements de la région, une période qui paraît bien courte pour compléter une démarche aussi sérieuse et lourde de conséquences.

Le mois dernier, la direction a dévoilé un chapelet de mesures visant à réaliser des économies d'une quinzaine de millions de dollars. Noyée dans le lot de coupes, l'abolition du poste d'aumônier à l'hôpital de Chicoutimi est passée presque inaperçue. Pourtant, tel que l'explique la journaliste Mélyssa Gagnon ce matin, cette décision marque le début d'une refonte complète des soins spirituels à l'échelle du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Il y a lieu d'être préoccupé.

Le risque de voir disparaître les services de pastorale en centres hospitaliers au profit d'une entité délocalisée, sans doute moins accessible et surtout, moins adaptée aux besoins spécifiques des patients, est une menace très inquiétante. Surtout si l'on souhaite limiter le service de 8h à 16h, tel que le rapporte une usagère, Émérentienne Bouchard.

Diagnostic reconnu

La détresse spirituelle est un diagnostic reconnu, qui ne peut être traité par des comprimés. Elle nécessite l'intervention d'un spécialiste en la matière, diplômé en théologie et capable d'accompagner des gens qui, dans la plupart des cas, sont confrontés à la mort. Le rôle d'intervenant en soins spirituels (ISS) est loin de se limiter à la Parole de Dieu. Son mandat n'est pas non plus de convertir une personne à une croyance ou de réciter des réponses prémâchées. Face à la mort, il ne promettra pas l'existence d'un tunnel et d'une lumière rien que pour atténuer les craintes de son patient.

L'ISS tendra plutôt l'oreille et sera là dans le cheminement du malade, dans sa quête de réponses; dans sa réflexion sur le sens de la vie et sur le sens de la mort. Pour s'acquitter d'un tel mandat, le système de santé et de services sociaux ne peut reposer sur des bénévoles qui, malgré toute leur bonne volonté, ne disposent pas des outils nécessaires.

Le CIUSSS ne peut articuler sa réflexion uniquement autour des budgets qu'il a à respecter. Les administrateurs devront avoir une vision et une compréhension plus vaste du dossier et de ce qui s'y rattache. Aussi serait-il de mise que les personnes responsables de cette restructuration fassent appel à des ressources spécialisées, par exemple les enseignants du département de théologie de l'Université du Québec à Chicoutimi. Il ne s'agit pas là de retirer les symboles religieux d'un hôtel de ville ou de l'Assemblée nationale, mais de s'assurer qu'aucun patient ne soit privé d'une aide nécessaire, dans un moment de révolte, de déni, de souffrance et d'extrême vulnérabilité. L'accompagnement des proches est également un mandat qui ne peut être assumé par un quidam.

Le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean dispose d'un budget opérationnel de plus de 707 millions de dollars annuellement. L'abolition du poste d'aumônier à l'hôpital de Chicoutimi, une tâche de quatre jours par semaine, permettra à l'organisation de sauver 63 000 dollars. Qu'adviendra-t-il des autres services de pastorale? En 2014, l'hôpital d'Alma a perdu un prêtre de sorte qu'aujourd'hui, ils ne sont plus que sept sur l'ensemble du territoire régional, en plus de quatre laïcs.

Est-ce suffisant pour desservir un bassin de quelque 280 000 personnes, longtemps animé par la confession catholique et en proie à un vieillissement de la population? Le CIUSSS s'est donné trois mois pour trouver la réponse.

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