Les astres s'alignent

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ÉDITORIAL / De nouvelles voix s'élèvent pour que l'aluminium à faible empreinte carbone devienne la norme dans l'industrie, un virage environnemental qui serait certainement profitable pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean et pour tout le Québec.

Depuis plusieurs années, l'Association de l'aluminium du Canada mise sur la reconnaissance de l'aluminium «vert» dans sa stratégie de développement, insistant sur l'utilisation d'énergie renouvelable et non polluante. Plus près de nous, le chef des opérations de Rio Tinto - Métal primaire pour les territoires de l'Amérique du Nord et de l'Europe, Étienne Jacques, a maintes fois discouru sur l'importance de garder le cap et d'espérer une prise de conscience des manufacturiers quant aux procédés d'électrolyse. «Le Québec est une terre d'aluminium parce que le Québec est une terre d'énergie. Ça va ensemble. C'est pratiquement indissociable. Avec l'énergie propre du Québec, nous produisons d'ailleurs l'aluminium ayant la plus faible empreinte carbone de la planète. Il y a de quoi être fier. Mais ce n'est pas encore un atout monnayable. On ne peut pas vendre plus cher parce qu'on est plus vert. Dans quelques années peut-être. C'est dans notre manche pour l'avenir», disait-il en mars dernier, lors d'une conférence devant les membres de la Chambre de commerce du Saguenay.

La position des industriels canadiens est peu surprenante dans la mesure où l'hydroélectricité fait partie intégrante de la production d'aluminium. Par contre, lorsque le géant russe Rusal, deuxième plus important joueur de toute l'industrie, joint sa voix à celle des Rio Tinto et Alcoa Canada, il y a lieu de croire en un véritable changement de culture.

Le Figaro rapportait récemment les propos du directeur général de Rusal, Vladislav Soloviev, qui affirme que d'ici 2020, toute l'énergie utilisée par la multinationale sera décarbonisée, une mesure qui a pour objectif de contrer la concurrence chinoise. Quelque 90% des alumineries en Chine sont approvisionnées par des centrales au charbon.

Le dirigeant russe suggère par ailleurs une taxe sur les émissions de CO2, «la seule manière de les réduire», dit-il. Rusal chiffre cette mesure à 15 dollars par tonne de CO2 envoyée dans l'atmosphère lors de la production d'aluminium, une somme qui serait ensuite bonifiée graduellement.

Le charbon qui tue

La proposition de Rusal tombe à point, alors que l'Europe se questionne très sérieusement sur l'exploitation des centrales au charbon. Un rapport commandité par différentes organisations non gouvernementales et rendu public mardi fait état de près de 23 000 décès prématurés reliés aux centrales au charbon en 2013, sur le territoire de l'Union européenne. On estime à entre 32,4 et 62,3 milliards d'euros les impacts sanitaires du charbon pour la même année, ce qui contredit la perception selon laquelle l'énergie au charbon est peu coûteuse, soutient-on dans le document.

En attendant que la démarche de Rusal se concrétise et que les pays du monde adoptent des mesures pour freiner la production d'énergie à partir de charbon, les compagnies établies au Québec, dont Rio Tinto, devront continuer de marteler leur message. Celui-ci commence d'ailleurs à être assimilé par certaines sociétés prestigieuses, soucieuses de leur chaîne de valeur et disposées à payer une prime pour offrir de l'aluminium «vert» à leurs clients. Apple et Tesla font partie de ce lot, tel que le mentionnait le chef des affaires commerciales de Rio Tinto, Gervais Jacques, en juin, dans La Presse.

Tous ces signaux sont-ils gages d'un avenir prospère pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean et le Québec, sources abondantes d'énergie renouvelable? Permettent-ils de rêver à une reprise de la croissance de cette industrie, victime d'un marché déstabilisé par la Chine et ses méthodes douteuses? Une chose est sûre: si l'aluminium «vert» devient la norme, la direction locale de Rio Tinto trouvera sans doute une oreille plus attentive au sein de l'actionnariat.

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