Conflit imminent

ÉDITORIAL / L'heure est venue de préparer la guerre. (Archives La Presse)

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ÉDITORIAL / L'heure est venue de préparer la guerre.

Il n'y aura pas de nouvel accord sur le bois d'oeuvre d'ici la mi-octobre, date à partir de laquelle les Américains pourront imposer des tarifs douaniers sur les produits issus de la forêt canadienne. L'échec des négociations de cent jours, mises de l'avant par le premier ministre Justin Trudeau et le président Barack Obama en mars dernier, de même que la tenue d'élections présidentielles le 8 novembre, sont deux facteurs fréquemment mentionnés pour prédire une crise imminente. À cette équation s'ajoute l'approbation obligatoire de l'industrie américaine pour la ratification d'un pacte, une condition plus qu'improbable alors que le protectionnisme a rarement été si présent aux États-Unis.

Aussi doit-on dès maintenant envisager un plan B pour éviter l'hécatombe, notamment au Québec où la forêt représente quelque 60 000 emplois et des exportations chiffrées à 8,7 milliards de dollars, selon les données de 2014.

La seule lueur d'espoir qui subsiste à l'heure actuelle réside dans l'annexe 12 de l'Accord sur le bois d'oeuvre de 2006, reconduite de 2012 à 2015. L'article en question ouvre la porte à des exemptions régionales qui pourraient permettre au Québec de faire reconnaître son régime forestier sans égard aux façons de faire des autres provinces. Les chances sont minces, dit-on, mais il est permis d'espérer.

Quoi qu'il en soit, une crise se dessine et, contrairement au litige précédent, l'industrie québécoise est dans une situation extrêmement précaire. Dans les années 90, le Québec, et particulièrement la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, misait sur un parc de scieries parmi les plus modernes au monde. Aujourd'hui, les usines et équipementiers peinent à suivre la cadence du progrès.

Québec et Ottawa doivent immédiatement confirmer qu'elles seront aux côtés des entreprises lorsqu'elles affronteront le géant américain devant les tribunaux, pour faire valoir une fois de plus la valeur du régime forestier québécois. Il a été démontré que celui-ci respecte les règles du libre marché, mais peut-on attendre trois, quatre ou cinq ans avant qu'un juge tranche? Peut-être les instances juridiques donneront-elles raison au Canada, mais à quoi bon remporter une guerre s'il ne reste plus personne pour festoyer sur le champ de bataille?

Au terme du dernier conflit commercial sur le bois d'oeuvre, les compagnies canadiennes ont accepté - à contrecoeur - de céder 20% des 5 milliards de dollars qui leur revenaient de droit. Leurs compétiteurs américains ont par ailleurs bénéficié de la hausse du prix de la ressource, conséquence directe du conflit. Pourquoi la coalition des industriels américains endosserait-elle une entente alors que l'histoire se répète? La vérité est qu'un règlement hâtif ne leur procure aucun avantage, bien au contraire.

Au Québec, les forestières espèrent des garanties de prêts à taux avantageux. Sans une telle mesure gouvernementale, quel banquier prendra le risque d'autoriser un emprunt alors que la vulnérabilité de l'industrie est à son comble?

Les entreprises veulent également que Québec leur garantisse un volume de matière première suffisant pour leurs opérations. Mardi, dans La Presse, un regroupement d'organismes environnementaux, la SNAP, a accusé le gouvernement Couillard d'ouvrir la porte à la coupe forestière sur des aires protégées potentielles, notamment celle des montagnes Blanches au nord du Lac-Saint-Jean et dans la réserve projetée des drumlins du lac Clérac, dans le secteur du lac Mistassini. Le territoire de la rivière aux Écorces, au sud de Saguenay, a également été évoqué. La SNAP a réaffirmé l'importance de protéger les secteurs «à haute valeur écologique» pour le caribou forestier.

Le Québec fait piètre figure en matière d'aires protégées, n'ayant pas été en mesure d'atteindre la cible de 12% du territoire qu'il s'était fixée pour 2015. Un effort plus vigoureux devra certes être déployé, mais une chose est certaine: on ne doit pas pénaliser l'industrie forestière.

C'est l'avenir du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui se joue en ce moment.

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