Antoine et son odyssée

Antoine Duchesne... (Photo Kenzo Tribouillard, AFP)

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Antoine Duchesne

Photo Kenzo Tribouillard, AFP

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ÉDITORIAL / Dès son jeune âge, il avait une tête à faire quelque chose! Antoine Duchesne devient seulement le deuxième Québécois d'origine, depuis 1903, à participer au Tour de France (avec Direct Énergie), une histoire digne du cinéma fantastique.

Il faut connaître un tantinet l'histoire de la Grande Boucle pour mesurer l'exploit que vient de réaliser celui que les Français se plaisent à surnommer le «caribou», animal emblématique de la forêt canadienne. Les jeunes Français, d'abord, puis les Européens et ensuite tous les cyclistes du monde rêvent ou n'osent même pas rêver, comme l'a écrit lui-même Antoine Duchesne dans son plus récent blogue, au Tour de France.

Le chemin pour y parvenir est aussi ardu que tous les cols du Tour mis de bout en bout. Ses premiers coups de pédale avec le Club cycliste Acidose lactique font penser que son exploit se veut aussi improbable que sa carrière elle-même, dont chaque course a été un acte qui aura mené à une apothéose au sens théâtral du terme.

Parce que tout au tout au long de sa quête, faite d'innombrables et spectaculaires chutes, de larmes, de rage, de rires, d'incertitudes, de doute, de sang, de dangers et de divers rôles empruntés à des personnages de théâtre, Antoine n'aura laissé personne indifférent. Tantôt attendrissant, tantôt provocateur, Antoine se mettait une pression incroyable sur les épaules, ce qui ne lui laissait guère le choix de gagner. Après la course, avec son air de jeune premier, Antoine prenait la première chaise du bord dans l'écurie de son équipe et jouait ses personnages.

Après ce premier acte, il mettait son manteau de diplomate et partait pour une grande virée, à la rencontre des autres. Il tissait des amitiés ou des rivalités, tendait la main aux incontournables du petit milieu du cyclisme, les Louis Garneau, feu Jean-Yves Labonté qu'il aimait bien taquiner, aux commissaires et ne manquait pas de faire de l'oeil aux filles de son métier!

Coureur, joueur, conteur, séducteur et aussi investisseur! Antoine construisait toujours pour avancer. Les meilleurs contacts pour l'entraînement, pour l'équipement et pour progresser. Tenez, par exemple, au Tour de l'Abitibi, qui tient aussi lieu d'une Coupe des Nations junior, à laquelle il a participé à deux reprises, il déjeunait à la cafétéria avec les Français, les Néo-Zélandais, les Américains et autres, et rejoignait son équipe avec le calepin rempli d'informations qui lui serviront un jour.

Son tempérament de boute-en-train a fait en sorte qu'il a fallu attendre au niveau junior pour comprendre que le vélo était pour lui du très sérieux. Structuré, organisé, dur à l'effort et complètement dédié à son sport, il a mérité un cadeau de Grec, soit une participation aux Championnats du monde junior, à Moscou, en 2009. Pourquoi un cadeau de Grec? Pour avoir le «privilège» de représenter son pays, il lui fallait débourser 8000$! Ce qu'il est parvenu à recueillir piastre par piastre.

Même si son stage junior fut couronné de succès, il a dû faire ses preuves chez les seniors, vivant sa traversée du désert à sa première année chez les grands, étant ignoré par les grosses équipes bien implantées au Québec. Il aura rapidement sa petite revanche, ayant préparé son retour au sommet, là où il trouve sa plus grande source d'équilibre.

Dans la vie comme dans le sport, il a toujours su avoir une longueur d'avance sur les autres grâce à une curiosité sans bornes. Féru des revues spécialisées sur le cyclisme, il était le reporter et le rapporteur officiel de son équipe. La dernière découverte, la grande tendance, les cyclistes émergents, il savait tout avant les autres, ce qui lui donnait encore plus d'importance.

Le «caribou» aura un quart de siècle à l'automne et aura réussi à mettre son nom au même endroit que les légendes, Merckx, Poulidor, Coppi , Anquetil et tous les autres qui ont rendu cette épreuve hors norme.

Une chronique sur Antoine serait incomplète et injuste sans citer les noms de Chantale Tremblay, sa mère, et de Marc, son père, qui, course après course, n'avaient pour seul souhait que de revoir leur Antoine croiser le fil d'arrivée assis sur son vélo!

Le rédacteur en chef du Quotidien, Denis Bouchard, a été bénévole pendant de nombreuses années au sein du Club cycliste Acidose lactique dont faisait notamment partie Antoine Duchesne.

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