Des avantages justifiés

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ÉDITORIAL / Encore une fois, les avantages hydroélectriques consentis aux alumineries font la manchette au Québec, ravivant le débat perpétuel qui oppose les défenseurs de l'industrie à ceux qui souhaitent qu'on exporte les surplus d'Hydro-Québec au sud de la frontière.

Dans sa publication de lundi, le Journal de Québec évoque un manque à gagner de 157 millions de dollars pour Hydro-Québec en 2015, attribuable aux contrats spéciaux accordés aux alumineries. Année après année, le même constat est effectué et suscite de vives critiques. La même question émerge chaque fois: quel est le prix à payer pour un emploi dans le secteur de l'aluminium?

Et si la question était plutôt: quel serait le prix à payer, pour les régions, si Québec renonçait à son choix d'accompagner l'industrie de l'aluminium? Chaque année, Rio Tinto investit plus de 300 millions de dollars au Saguenay-Lac-Saint-Jean rien que pour assurer ses opérations courantes. Comment la région saurait-elle se relever du départ d'une telle locomotive socioéconomique? Grâce aux dividendes engendrés par l'exportation d'énergie aux États-Unis?

À court terme, il n'y a pas lieu de paniquer. Rio Tinto ne partira pas tant qu'elle sera propriétaire de ses propres installations hydroélectriques. À elles seules, ses centrales génèrent, bon an mal an, 90% des besoins de l'entreprise au Québec.

Par contre, pour que le Saguenay-Lac-Saint-Jean demeure un joueur de premier plan dans l'industrie, la compagnie devra continuer de s'épanouir et, par conséquent, elle devra compter sur de nouveaux blocs d'Hydro-Québec.

La véritable matière première de l'aluminium n'est ni la bauxite, ni la soude, ni la chaux. Avant tout autre élément, le procédé d'électrolyse nécessite de l'énergie, et ce, en quantité gigantesque. Or, le Québec dispose de surplus d'hydroélectricité et il a été convenu qu'une importante partie de ce potentiel serve, notamment, à la production d'aluminium.

Certes, les trois grands producteurs québécois profitent abondamment des avantages qui leur sont alloués, soit sous la forme de blocs énergétiques à prix concurrentiels, soit par des droits d'exploitation hydrauliques. Ces compagnies ne s'en cachent pas, et c'est pourquoi elles maintiennent leurs opérations au Québec alors que partout ailleurs sur le continent, les fermetures d'alumineries se multiplient.

En renouvelant des ententes hydroélectriques avec les différents producteurs d'aluminium, le gouvernement du Québec a usé de son principal levier de développement pour assurer la pérennité des usines et favoriser d'éventuelles expansions.

Était-ce une bonne décision, dans la mesure où le marché mondial est extrêmement compétitif? Certainement. Toutefois, cela ne veut pas dire qu'on ne peut exiger davantage.

En 2002, les sociétés Alcan et Aluminerie Alouette se sont engagées à créer plus d'un millier d'emplois dans le domaine de la transformation de l'aluminium, sur une période de dix ans, afin d'obtenir un bloc d'énergie de 500 MW destinés à l'expansion de l'usine de Sept-Îles. À l'époque, les deux entités avaient uni leurs forces - Rio Tinto détient toujours 40% des parts d'Aluminerie Alouette - pour coiffer leur rivale Alcoa, dans le cadre d'une course aux mégawatts lancée par le gouvernement de Bernard Landry. Le premier ministre avait alors affirmé qu'il n'accorderait plus d'électricité pour la production d'aluminium primaire sans l'implantation d'usines de deuxième et de troisième transformation. «Si on avait fait ça depuis 50 ans, le taux de chômage au Québec ne serait pas ce qu'il est. On aurait presque le plein emploi», avait déclaré Bernard Landry.

Le gouvernement Couillard devra, tôt ou tard, négocier l'octroi de nouveaux blocs d'énergie avec les producteurs d'aluminium présent au Québec. Encore une fois, la critique sera féroce malgré la promesse d'investissements des compagnies. Si les avantages accordés sont conditionnels à la création de PME et à celle de milliers d'emplois, plus personne ne pourra affirmer que les Québécois se sont fait passer un sapin.

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